15 mai 2026

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Crise au Mali : amnesty international alerte sur les violations de la libre circulation

Crise au Mali : Amnesty International exige le respect de la libre circulation des civils

Alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) maintient un blocus routier autour de Bamako, les populations du centre et du nord du Mali subissent de plein fouet les conséquences des attaques récurrentes. Depuis près de trois semaines, les axes stratégiques menant vers la capitale sont paralysés, plongeant le pays enclavé dans une crise logistique sans précédent.

Un blocus aux conséquences dramatiques pour les civils

Dans un communiqué rendu public, Amnesty International a vivement dénoncé les restrictions imposées par les groupes armés, soulignant leur impact dévastateur sur les droits fondamentaux des populations. « Le blocus actuel de Bamako engendre des violations inacceptables de la liberté de circulation, menaçant gravement la sécurité alimentaire, l’accès aux soins et même la survie des civils », a alerté l’organisation.

L’ONG a également pointé du doigt une attaque récente contre un convoi civil non armé. Le 6 mai, des camions transportant des denrées alimentaires (notamment des fruits) entre Bamako et Bougouni (sud) ont été ciblés. Aucun personnel ou matériel militaire n’accompagnait ce convoi, pourtant pris pour cible par les insurgés.

L’armée malienne intensifie ses opérations militaires

Face à l’escalade des tensions, l’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes sur Kidal, ville désormais sous contrôle des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de leurs alliés du Jnim. Selon les autorités militaires, plusieurs raids ont déjà été menés sur la région, tandis que les séparatistes revendiquent la capture de 200 soldats maliens lors des offensives du 25 avril.

Une habitante de Kidal a témoigné des conditions de vie précaires : coupures d’électricité chroniques et communications téléphoniques quasi inexistantes avec le reste du pays. « Personne ne sait plus à qui se fier. Les habitants sont pris entre deux feux », confie-t-elle sous couvert d’anonymat.

Tensions accrues dans le centre du Mali : écoles fermées et impôts imposés

La situation dans le centre du pays, notamment dans la région de Ségou et une partie de Koulikoro, se dégrade rapidement. Plusieurs zones sont désormais sous l’emprise des djihadistes, qui prélèvent des taxes (zakat) dans des centaines de villages et ferment systématiquement les établissements scolaires. Fin janvier, plus de 2 300 écoles étaient déjà fermées, principalement dans le nord et le centre du Mali.

Selon Abdoulaye Sounaye, spécialiste des groupes armés au Sahel, les forces en présence semblent en phase de réorganisation. « L’armée malienne se prépare à une riposte, tandis que le Jnim et le FLA observent, prêts à réagir. Entre ces deux fronts, ce sont les civils qui trinquent », explique-t-il.

Un analyste indépendant, Hervé Lankoandé Wendyam, met en garde contre une stratégie plus large : « Le Jnim cherche à étendre son emprise en s’emparant de villes clés. Le nord du Mali pourrait bien être détaché du reste du pays ». À Gao, sous contrôle gouvernemental, les prix des denrées alimentaires flambent : le kilo d’oignons a doublé en quelques semaines.

Vers une solution politique ?

Face à l’impasse sécuritaire, plusieurs voix s’élèvent pour plaider en faveur d’un dialogue inclusif. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « La crise au Mali dépasse le cadre militaire. C’est avant tout une crise politique qui exige une négociation urgente entre toutes les composantes du pays ». Il ajoute que le gouvernement doit montrer une réelle ouverture pour éviter une crise prolongée.

Abdoulaye Sounaye, directeur de recherche au Leibniz-Zentrum Moderner Orient à Berlin, partage cet avis : « Un accord entre les parties est inévitable. Soit les forces en présence s’asseyent autour d’une table rapidement, soit le conflit s’éternisera avec des conséquences désastreuses pour la population ».

Pourtant, les autorités maliennes rejettent catégoriquement toute négociation avec le FLA et le Jnim, qualifiés de groupes terroristes. Malgré ce refus officiel, des discussions secrètes auraient eu lieu pour assurer l’approvisionnement en carburant, démontrant la complexité des enjeux.

La situation au Mali reste donc plus que jamais incertaine, entre escalade militaire, blocus humanitaire et urgences politiques.