15 mai 2026

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Crise au Mali : l’appel urgent d’amnesty international pour la libre circulation

Crise au Mali : l’appel urgent d’Amnesty International pour la libre circulation

Mali

Depuis deux semaines, des groupes armés soumettent Bamako à un blocus réduisant drastiquement les approvisionnements de la capitale malienne

L’ONG Amnesty International a lancé un appel pressant ce vendredi aux groupes armés du Jnim, les exhortant à respecter les droits fondamentaux des civils au Mali, notamment leur liberté de circulation. Depuis près de quinze jours, les populations de Bamako subissent un blocus imposé par ces insurgés, paralysant l’accès à la capitale et aggravant une crise humanitaire déjà alarmante.

« Ce blocus asphyxie littéralement Bamako, privant les habitants de leurs droits essentiels à la sécurité alimentaire, à la santé et à la mobilité. Les conséquences pour les civils sont inacceptables et risquent d’entraîner des violations graves de leurs droits fondamentaux », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Le Jnim est également pointé du doigt pour une attaque récente contre un convoi civil non protégé entre Bamako et Bougouni. Les camions, transportant des marchandises destinées à des entreprises locales, n’étaient ni escortés par l’armée ni chargés de matériel militaire, selon les informations recueillies par l’ONG.

Plus d’une dizaine de compagnies de transport routier ont suspendu leurs liaisons vers Bamako en raison du blocus imposé par les groupes armés

L’armée malienne intensifie ses opérations dans le Nord

Face à cette situation, l’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes contre la ville de Kidal, contrôlée depuis fin avril par les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du Jnim. Plusieurs frappes ont déjà été menées, tandis que les séparatistes revendiquent la détention de 200 militaires maliens capturés lors d’affrontements fin avril.

Une habitante de Kidal a rapporté des coupures d’électricité récurrentes et des difficultés à communiquer avec l’extérieur, plongeant la ville dans une précarité accrue. À Gao, sous contrôle gouvernemental, les habitants décrivent un climat de méfiance généralisé. « On nous demande de nous fier uniquement aux communiqués officiels », confie une résidente, soulignant la hausse des prix des denrées de base, comme l’oignon, dont le kilo a doublé.

Les experts s’inquiètent de l’escalade des tensions. Hervé Lankoandé Wendyam, analyste des dynamiques sécuritaires en Afrique de l’Ouest, estime que « les groupes armés cherchent à fragmenter le Mali, tandis que le Jnim tente de s’emparer de nouvelles zones urbaines pour étendre son emprise ».

Le centre du Mali sous emprise jihadiste

Une source locale confirme que plusieurs zones du centre sont désormais sous contrôle du Jnim, notamment la rive gauche du fleuve Niger dans la région de Ségou et une partie de Koulikoro. Dans ces territoires, l’administration malienne n’est plus présente, et les populations subissent des prélèvements forcés sous forme de zakat, un impôt islamique. Des centaines d’écoles ont également fermé leurs portes, aggravant la crise éducative. Fin janvier, plus de 2 300 établissements scolaires étaient fermés dans tout le pays, principalement dans le Nord et le centre.

Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialiste des groupes jihadistes au Sahel, analyse la situation comme une phase de « réarmement et de préparation à de nouveaux affrontements » pour les deux camps. « Le gouvernement et l’armée malienne semblent déterminés à riposter, tandis que le Jnim et le FLA se préparent à une éventuelle contre-offensive. Entre ces forces, ce sont les civils qui paient le prix fort », explique-t-il.

Pour résoudre durablement la crise, plusieurs voix s’élèvent en faveur d’un dialogue inclusif. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste sur la nécessité d’une « ouverture politique » de la part du gouvernement malien. « La solution passe par une négociation avec toutes les composantes du pays. Le Mali doit éviter une crise éternelle en engageant un vrai processus de réconciliation », souligne-t-il. Malgré l’opposition officielle à toute discussion avec le FLA et le Jnim, qualifiés de groupes terroristes, des négociations secrètes auraient déjà eu lieu pour faciliter l’approvisionnement en carburant.

L’armée malienne a mené des frappes sur la ville de Kidal, contrôlée par les rebelles touaregs et leurs alliés jihadistes

Abdoulaye Sounaye, directeur d’unité de recherche au Leibniz-Zentrum Moderner Orient à Berlin, prédit qu’« tôt ou tard, toutes les parties seront contraintes de s’asseoir à la table des négociations pour éviter une guerre sans fin ». Une perspective qui, pour l’instant, reste lointaine dans un pays où la méfiance entre les acteurs locaux et internationaux ne cesse de croître.