19 septembre 2026

Voix Panafricaine

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60 000 hectares en ligne de mire : ce que le pari indonésien du Sénégal va déclencher dans la filière huile de palme

Le Sénégal veut sortir de l’ornière. Longtemps bloquée sous la barre des 12 000 hectares, la filière palmier à huile pourrait enfin changer d’échelle grâce à un partenariat noué avec un géant mondial indonésien. Entre réactions prudentes, attentes économiques et perspectives de souveraineté alimentaire, les retombées de ce rapprochement suscitent déjà de vives discussions.

C’est une rencontre discrète, tenue le 11 septembre à Dakar, qui pourrait bien redistribuer les cartes d’un secteur à l’arrêt depuis dix ans. Face à l’ambassadeur d’Indonésie, le ministère sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE) a dévoilé un projet à la hauteur de ses ambitions : 60 000 hectares de plantations de palmiers à huile à développer dans le centre et le sud du pays. Un objectif qui multiplierait par cinq les surfaces actuellement exploitées et qui suscite des réactions partagées entre espoir et prudence.

Selon les informations relayées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), les deux parties s’attellent désormais à la mise en place d’un groupe de travail technique mixte, chargé de piloter la suite du dossier. Calendrier précis, montage financier : sur ces points sensibles, la partie sénégalaise reste pour l’instant silencieuse, laissant planer un flou qui alimente les spéculations.

Une filière asphyxiée par dix ans d’attentisme

Le challenge est colossal, à la mesure du retard accumulé. Les données compilées par la FAO sont sans appel : entre 2015 et 2024, les superficies dédiées à la culture du palmier à huile au Sénégal n’ont jamais dépassé 12 000 hectares, plafonnant autour de 11 800 hectares. Un immobilisme qui s’est logiquement répercuté sur la production industrielle d’huile de palme, elle aussi figée à quelque 14 000 tonnes sur la période.

Conséquence directe : pour répondre à une demande intérieure qui ne faiblit pas, le Sénégal n’a d’autre choix que d’ouvrir grand les vannes de l’importation. En moyenne 148 100 tonnes d’huile de palme achetées chaque année à l’étranger entre 2015 et 2024 — avec un pic à 195 937 tonnes en 2017 —, pour une facture qui a frôlé les 108 millions de dollars annuels en moyenne, jusqu’à culminer à 172 millions de dollars en 2020. Une dépendance coûteuse, que Dakar entend visiblement inscrire dans le viseur de sa stratégie de souveraineté alimentaire.

L’Indonésie, un partenaire de poids sur l’échiquier mondial

Le choix de l’Indonésie ne doit rien au hasard. Avec une production estimée à 46,7 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, selon le département américain de l’Agriculture (USDA), l’archipel asiatique trône sans partage au sommet de la production mondiale d’huile de palme — et occupe également la première place à l’export. Une suprématie bâtie sur des décennies d’expertise en matière de sélection variétale, de gestion des plantations et de transformation industrielle.

Pour Dakar, l’enjeu dépasse la seule extension des surfaces cultivées : il s’agit de capter ce savoir-faire à travers un transfert de technologies et un renforcement des compétences locales, condition sine qua non pour bâtir une filière enfin productive et mieux structurée. Un défi qui, s’il est relevé, pourrait redessiner le paysage agricole sénégalais et faire tache d’huile dans la sous-région.

Un modèle déjà expérimenté ailleurs sur le continent

Le Sénégal ne fait pas figure de pionnier : d’autres pays africains ont déjà noué ce type de partenariat avec Jakarta. En Tanzanie, les autorités ont signé en 2025 un accord de coopération avec l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAPKI), portant sur des formations, un accompagnement technique et un transfert de compétences. Au Nigeria, premier producteur africain d’huile de palme, un protocole d’accord conclu en 2024 entre producteurs locaux et GAPKI vise les mêmes objectifs : partage de connaissances et de technologies pour doper la productivité.

Reste à savoir si Dakar saura transformer l’essai là où d’autres, avant lui, ont posé les jalons. Les regards sont désormais tournés vers la concrétisation de ce projet, dont les retombées économiques et sociales sont très attendues.