C’est une décision qui devrait faire réagir bien au-delà des cercles gouvernementaux. Le ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, a été chargé de piloter la préparation d’un nouveau partenariat de pêche avec l’Union européenne. Réuni le vendredi 18 septembre 2026 au Palais présidentiel de Port-Gentil, le Conseil des ministres a donné son feu vert à l’ouverture de négociations en vue de conclure un nouvel Accord de partenariat de pêche durable (APPD) et son protocole d’application. Une annonce qui ouvre une nouvelle séquence, faite d’attentes, de réactions et de perspectives pour le secteur halieutique gabonais.
Le même Conseil des ministres a également validé la notification officielle de la position gabonaise à Bruxelles, la mise en place d’une équipe nationale de négociation ainsi qu’un calendrier des différents rounds de discussions. L’objectif affiché par l’exécutif : parvenir à un partenariat présenté comme renouvelé, équilibré et mutuellement bénéfique, tout en préservant la souveraineté du Gabon sur ses ressources halieutiques et leur exploitation durable.
Une décision qui s’inscrit dans le sillage de la dénonciation de 2025
Pour comprendre les réactions actuelles, il faut revenir en arrière. Cette ouverture de négociations intervient après la dénonciation par le Gabon, le 4 juin 2025, de l’accord de pêche qui le liait à l’Union européenne. Le protocole signé en juin 2021, arrivé à échéance le 28 juin 2026, autorisait jusqu’à 33 navires européens à pêcher des espèces thonières dans les eaux gabonaises. En contrepartie, l’UE versait notamment 1,6 million d’euros par an au Gabon, auxquels s’ajoutaient les contributions des armateurs.
Le renouvellement du partenariat se dessine alors que Libreville et Bruxelles avaient déjà engagé des échanges sur l’avenir de leur coopération dans le secteur. En juin 2026, l’Union européenne s’était déclarée disposée à négocier un accord de « nouvelle génération » et un nouveau protocole d’application, en prenant en compte les préoccupations exprimées par le Gabon.
Ce que disent les autorités gabonaises
Le gouvernement gabonais avait annoncé son intention de ne pas reconduire l’accord dans sa forme actuelle, estimant que celui-ci présentait un déséquilibre au détriment du Gabon, tant sur le plan économique que sur celui de la valorisation locale des ressources halieutiques. Une position qui avait provoqué des réactions contrastées, entre inquiétude des acteurs locaux et espoir d’un meilleur partage de la valeur.
Le dialogue privilégié par Bruxelles
C’est dans ce contexte que l’ambassadrice de l’Union européenne au Gabon, Cécile Abadie, avait accordé un entretien exclusif, au cours duquel elle appelait à privilégier les échanges plutôt que la confrontation, affirmant notamment : « Mon souhait, c’est que nous puissions nous mettre autour de la table et discuter de chacun de ces points le plus rapidement, le plus efficacement possible ».
Une déclaration qui traduit la volonté de Bruxelles de maintenir le dialogue et d’ouvrir la voie à la négociation d’un nouveau partenariat. Une main tendue qui devrait faire réagir les observateurs du secteur, notamment les organisations de pêcheurs et les défenseurs de la souveraineté halieutique gabonaise.
Quelles perspectives pour le Gabon ?
Le ministre Aimé Martial Massamba inscrit pour sa part la souveraineté halieutique, la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) et le développement d’une économie bleue durable parmi les priorités de son département.
Les prochaines semaines seront donc décisives. La mise en place de l’équipe nationale de négociation et la définition du calendrier des rounds devraient permettre d’y voir plus clair sur les intentions réelles des deux parties. Du côté des citoyens comme des acteurs économiques, l’enjeu est de taille : il s’agit de savoir si le Gabon parviendra à obtenir un accord plus favorable, garantissant à la fois la préservation de ses ressources et des retombées concrètes pour l’économie locale.
La balle est désormais dans le camp des négociateurs. Et les réactions ne devraient pas tarder à se multiplier, tant le sujet touche à la fois à la souveraineté nationale, à l’emploi et à l’avenir d’une filière stratégique pour le pays.
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