En confirmant la note souveraine du Cameroun à « B-/B » avec perspective stable, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) n’a pas seulement validé les équilibres budgétaires actuels. Elle a surtout déclenché une onde de réactions contrastées à Yaoundé, dans les salles de marché et chez les bailleurs internationaux. Le maintien de la notation, acté à la mi-septembre, replace la transition politique au cœur des préoccupations économiques et ouvre un nouveau chapitre d’incertitude pour l’après-Biya.
Des réactions mitigées face à une note qui ne rassure qu’à moitié
Dans les milieux financiers, la reconduction du « B-/B » est accueillie avec un soulagement teinté de prudence. Les investisseurs y voient la confirmation que le programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) reste sur les rails, mais ils retiennent surtout l’avertissement à peine voilé sur les risques politiques. La note, toujours ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans sous le seuil « investment grade », traduit une capacité de remboursement jugée vulnérable aux chocs. Les analystes pointent un endettement public qui pèse sur les recettes et une exécution budgétaire malmenée par la volatilité des cours des hydrocarbures.
Du côté des autorités camerounaises, on met en avant la stabilité retrouvée et les efforts de consolidation budgétaire. Mais en coulisses, la question de la succession présidentielle s’impose comme une variable désormais incontournable dans l’équation du risque pays. Pour les partenaires multilatéraux, le statu quo de la notation vaut moins comme satisfecit que comme mise en garde.
La transition au sommet de l’État, nouvelle donne des marchés
C’est bien l’après-Biya qui cristallise les attentions. S&P considère que l’issue du prochain scrutin présidentiel et, plus largement, la gestion de la transition conditionneront la stabilité macroéconomique des prochaines années. Un enchaînement institutionnel maîtrisé permettrait de préserver la relation avec les bailleurs, à commencer par le FMI, dont le programme sert d’ancrage aux réformes structurelles. À l’inverse, tout blocage politique, contestation post-électorale ou vacance mal préparée exposerait Yaoundé à un retrait brutal des capitaux et à une dégradation de sa signature.
Ce contexte pèse déjà sur la prime de risque exigée par les marchés, dans un environnement régional marqué par les turbulences sahéliennes et le resserrement des conditions de financement pour les émetteurs africains. La moindre étincelle politique pourrait avoir des répercussions immédiates sur le coût de la dette camerounaise.
Un effet domino redouté dans la zone CEMAC
Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun joue un rôle d’ancre régionale. Sa signature influence directement les conditions de financement des autres émetteurs de la zone franc, du Gabon à la République du Congo. Un décrochage souverain camerounais aurait donc des effets de contagion immédiats sur la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et sur les réserves de change communes, déjà mises sous tension par les besoins de refinancement extérieur des pays membres.
Les réactions des capitales régionales et des institutions de Bretton Woods devraient se multiplier dans les semaines à venir. Chacun mesure que la stabilité financière de la sous-région dépend en partie de la manière dont Yaoundé gérera les mois à venir.
Réformes engagées, fragilités persistantes
Sur le front macroéconomique, S&P reconnaît les efforts pour rationaliser les subventions aux carburants, élargir l’assiette fiscale et contenir la masse salariale. Ces mesures, imposées par la lettre d’intention signée avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. Mais la mobilisation des recettes non pétrolières reste faible, autour de 12 à 13 % du produit intérieur brut, un ratio nettement inférieur aux standards des économies comparables.
La dépendance aux hydrocarbures continue de fragiliser les équilibres extérieurs. La production pétrolière décline structurellement, érodant les recettes d’exportation au moment où les besoins d’importation, notamment alimentaires et énergétiques, restent élevés. Le service de la dette extérieure absorbe une part croissante des ressources publiques, limitant la marge de manœuvre pour les investissements de long terme.
Les partenaires techniques et financiers surveillent aussi la mise en œuvre effective des recommandations du FMI en matière de gouvernance des entreprises publiques, notamment dans les hydrocarbures et l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration conditionne la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée à l’horizon 2027.
Les investisseurs face à un double message
Pour les gestionnaires d’actifs exposés à la dette africaine, le message de S&P est ambivalent. La stabilité de la note ouvre la porte à de nouvelles émissions d’eurobonds ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Mais la mention explicite du risque politique invite à la prudence, à quelques semaines d’une échéance dont l’issue redessinera la géographie du pouvoir dans la sous-région.
Les diplomates occidentaux et les capitales du Golfe, désormais très actives dans le financement des infrastructures africaines, observent avec la même attention. Une transition ordonnée est présentée comme la condition sine qua non du maintien de l’accès aux marchés internationaux de capitaux, un point que l’agence a expressément lié à sa perspective stable.
Ce qu’il faut retenir pour la suite
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