4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Stratégie du Mali face aux alliances internationales : souveraineté, partenariats et instabilité persistante

une stratégie de souveraineté en question

depuis les coups d’état de 2020 et 2021, le Mali sous la direction du colonel Assimi Goïta a opéré un virage stratégique marqué par un discours souverainiste et un repositionnement géopolitique. Bamako a rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels tout en développant de nouvelles alliances, notamment avec la Russie et les émirats arabes unis. cette approche, présentée comme une quête d’autonomie nationale, a révélé les limites des partenariats transactionnels dans un état fragile. malgré quelques gains tactiques et une diversification des relations extérieures, l’insécurité persiste, l’économie stagne et la gouvernance se dégrade. le Mali s’est également retrouvé piégé dans des rivalités globales plus larges, de l’Ukraine au moyen-orient, subissant des pressions externes accrues sans en tirer de stabilité durable.

le virage stratégique de Bamako

le régime malien dirigé par Assimi Goïta a fait de la souveraineté nationale un pilier de sa politique, se présentant comme le défenseur de l’indépendance du pays face aux ingérences étrangères. ce discours a trouvé un écho auprès d’une partie de la population, lasse des années d’insécurité et de gouvernance défaillante. cependant, cette posture souverainiste s’accompagne d’un réalignement stratégique majeur : le Mali s’est éloigné de la France, son ancien partenaire historique, tout en expulsant des acteurs clés comme la mission de stabilisation de l’ONU (MINUSMA). parallèlement, Moscou a renforcé son influence via le groupe Wagner puis son successeur, le corps africain.

ce post-alignement transactionnel illustre une stratégie où Bamako cherche à maximiser ses gains à court terme en jouant sur les rivalités entre puissances extérieures. plutôt que de s’engager dans une alliance fixe, le régime malien manipule les acteurs étatiques et non étatiques pour renforcer sa sécurité, son pouvoir et sa légitimité interne, dans un contexte marqué par des institutions fragiles et une autorité contestée.

les promesses non tenues de la transition

pour consolider son soutien populaire, Assimi Goïta avait promis de lutter contre la corruption et de réformer les institutions maliennes. son discours populiste a séduit une population épuisée par l’impunité des élites et les défaillances de l’état. pourtant, les progrès concrets en matière de sécurité et de développement économique restent illusoires. depuis février 2022, le gouvernement de transition a maintes fois reporté les élections, invoquant des raisons techniques. une extension du mandat présidentiel jusqu’en 2030 a été proposée, suscitant des craintes de dérive autoritaire. en mai 2025, le régime a franchi une nouvelle étape en dissolvant tous les partis politiques, interdisant leurs réunions sous prétexte de maintien de l’ordre.

une économie en stagnation et des inégalités criantes

malgré le discours politique, le régime malien n’a pas réussi à améliorer les services de base (sécurité, justice, infrastructures), en particulier dans les zones rurales et frontalières. la majorité des maliens continuent de vivre dans des conditions difficiles, tandis que la croissance économique reste concentrée dans les grandes villes, exacerbant les disparités entre zones urbaines et rurales.

le fossé de revenus entre les zones urbaines et rurales au Mali atteint environ 5,5 %, contre 2,7 % en inde. classant 188ème sur 193 pays à l’indice de développement humain de l’ONU, le Mali confirme son statut de pays à faible développement humain, avec des défis persistants en matière de santé, d’éducation et de revenus. la corruption, bien que dénoncée, reste un fléau : les promesses de réformes peinent à se concrétiser, tandis que des signes d’enrichissement des élites se multiplient, alimentant un sentiment d’injustice et d’échec de la gouvernance.

l’insécurité persistante et l’expansion des groupes armés

le Mali fait face à une détérioration continue de son environnement sécuritaire, qui alimente l’instabilité politique et favorise l’expansion des groupes armés et terroristes. la précarité économique et le mécontentement généralisé poussent de nombreux jeunes vers des organisations militantes présentes dans tout le Sahel. des groupes comme la jama’at nusrat al-islam wal-muslimin (jnim) et l’is-Sahel excellent dans l’exploitation des griefs locaux pour recruter et étendre leur influence.

malgré les engagements répétés du régime à éradiquer le terrorisme, la situation opérationnelle reste fragile. les attaques, embuscades et affrontements violents se poursuivent à travers le pays. les groupes armés ont également fait preuve d’une grande adaptabilité, utilisant de nouvelles technologies de communication pour améliorer leur coordination et leur recrutement.

le rôle central de la Russie dans la sécurité malienne

la Russie a joué un rôle clé dans l’architecture sécuritaire du Mali. après le retrait des forces françaises et de l’ONU, le groupe Wagner a fourni un soutien militaire, des formations et une protection au régime. si ce partenariat a permis quelques succès tactiques, comme la reprise de Kidal en 2023, il s’est accompagné d’accusations graves de violations des droits humains. en juin 2025, Wagner s’est officiellement retiré, remplacé par le corps africain, une force contrôlée par le ministère russe de la défense et composée en grande partie d’anciens membres de Wagner. cette nouvelle structure adopte une approche plus discrète mais maintient une présence russe significative.

le passage de Wagner au corps africain ne signale pas un recul de l’influence russe, mais plutôt une consolidation de cette dernière, désormais ancrée dans des accords de défense bilatéraux et une coopération économique en expansion. cette stratégie renforce la dépendance du Mali envers Moscou, sans pour autant résoudre les défis structurels du pays. paradoxalement, malgré ce discours souverainiste, Bamako continue de s’engager dans des partenariats pragmatiques avec d’autres acteurs, comme les États-Unis, qui envisagent de reprendre des vols de renseignement au-dessus du territoire malien.

le Sahel, un théâtre des rivalités géopolitiques

le Mali est devenu un terrain où s’affrontent des puissances extérieures dans le cadre de rivalités plus larges, notamment entre la Russie et l’occident, mais aussi avec des acteurs comme l’Ukraine et les émirats arabes unis. l’Ukraine a indirectement soutenu des groupes rebelles maliens via des drones et des renseignements, illustrant comment le conflit en Ukraine s’étend jusqu’en afrique. en juillet 2024, cette implication a conduit à une embuscade meurtrière près de tin zaouatine, poussant Bamako à rompre ses relations diplomatiques avec kyiv. cette crise met en évidence l’intrication croissante de la guerre en Ukraine avec les dynamiques locales du Sahel.

les émirats arabes unis, bien qu’ils condamnent publiquement les coups d’état au Sahel, ont discrètement soutenu certains régimes militaires, révélant un écart entre leur rhétorique et leurs actions. leur engagement au Mali et au Niger s’inscrit dans une stratégie plus large pour étendre leur influence dans la région, tout en rivalisant avec d’autres acteurs comme l’Algérie et le qatar.

les tensions géopolitiques mondiales, notamment la guerre en Ukraine et l’instabilité au moyen-orient, influencent indirectement le Mali. la volatilité des marchés énergétiques et des prix des denrées alimentaires affecte particulièrement les économies dépendantes des importations, comme celle du Mali. ces pressions risquent d’aggraver les frustrations socio-économiques et de créer de nouvelles opportunités pour les groupes armés, tout en fragilisant davantage la légitimité de l’état. dans ce contexte, la stratégie malienne de post-alignement transactionnel offre une flexibilité, mais augmente aussi sa vulnérabilité face aux chocs externes et aux priorités changeantes des puissances étrangères.

un avenir incertain pour le Mali

les défis structurels du Mali — développement économique insuffisant, insécurité persistante et expansion des groupes armés — restent profondément ancrés. ni l’armée malienne ni les partenariats extérieurs du régime n’ont réussi à apporter une sécurité durable ou une amélioration tangible des conditions de vie. la trajectoire du pays reflète une stratégie de post-alignement transactionnel axée sur la souveraineté formelle, mais qui risque d’approfondir la dépendance, de fragmenter les structures de gouvernance sécuritaires déjà fragiles et d’ancrer le Mali dans un rôle de terrain de rivalités extérieures.

sans réformes structurelles significatives, la crise malienne est appelée à persister et à s’aggraver, risquant de déstabiliser davantage les pays voisins, en particulier ceux de la côte du golfe de Guinée. une stabilité durable dépendra d’une transformation politique, sociale et économique profonde, capable de rétablir la confiance entre l’état et ses citoyens, tout en réduisant l’exposition du pays aux chocs géopolitiques et économiques externes.