20 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Côte d’Ivoire : l’ascension des géants économiques locaux après 15 ans de croissance

Côte d’Ivoire : l’émergence de champions économiques nationaux pour booster l’économie

Après quinze ans de progression économique remarquable, la Côte d’Ivoire place ses espoirs dans l’émergence de champions économiques locaux, des entreprises privées robustes destinées à devenir des moteurs du développement. Ce virage stratégique s’inscrit dans le cadre du plan de développement national visant l’horizon 2030.

Des entreprises locales qui rayonnent au-delà des frontières

Dans l’effervescence de la zone industrielle de Yopougon, en périphérie d’Abidjan, des ouvrières s’affairent à remplir des milliers de flacons de cosmétiques à base de beurre de karité. Parmi elles, Fodé Yattabaré, fondateur de l’entreprise Kaera, se souvient des débuts modestes de son projet, amorcé dans un petit appartement à la fin des années 2000.

Aujourd’hui, cette société emploie 600 salariés et exporte ses produits de beauté dans une trentaine de pays, des capitales ouest-africaines jusqu’à Paris et Dubaï. «Un écosystème favorable encourage l’éclosion d’entrepreneurs comme nous. Cela renforce notre confiance dans l’avenir», confie le PDG, qui ambitionne désormais de conquérir le marché européen.

Stabilité politique et économique : des atouts majeurs

Après une décennie de crise politico-militaire (2002-2011) ayant profondément fragilisé son économie, la Côte d’Ivoire a retrouvé une stabilité politique et économique enviable. Avec une croissance annuelle dépassant régulièrement les 6 %, le pays s’est repositionné parmi les leaders économiques de l’Afrique de l’Ouest.

«La Côte d’Ivoire figure parmi les nations les plus stables de la région. Ses infrastructures sont performantes, son environnement sécurisé, ce qui attire et rassure les investisseurs. Il est bien plus simple pour nous de lever des fonds dans un pays politiquement stable», souligne Régis Bamba, cofondateur de Djamo, une fintech ivoirienne lancée en 2020.

Cette start-up propose une solution hybride entre banque traditionnelle et mobile banking, déjà adoptée par deux millions d’utilisateurs, majoritairement non bancarisés.

Les champions nationaux : des piliers pour l’économie ivoirienne

Kaera, Djamo et Pétro Ivoire, distributeur de carburants, incarnent cette nouvelle génération d’entreprises ivoiriennes appelées à jouer un rôle clé dans le développement économique du pays. Ces acteurs sont censés entraîner dans leur sillage un tissu de PME dynamiques.

«Cela nous confère une responsabilité forte, celle de servir d’exemple», explique Sébastien Kadio Morokro, PDG de Pétro Ivoire. Pour Régis Bamba, «l’État doit investir massivement pour créer des champions nationaux capables de former, éduquer et générer de la valeur, avant de réinvestir dans l’économie».

Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan, confirme : «La Côte d’Ivoire met en œuvre une politique dédiée aux PME. Pour devenir un champion, il faut d’abord évoluer dans une pépinière, être soutenu et accompagné». Il espère voir naître «plusieurs centaines de champions nationaux» dans les années à venir.

Un plan de développement ambitieux et des financements record

En début juillet, la Côte d’Ivoire a obtenu 80 milliards de dollars (70 milliards d’euros) de financements publics internationaux pour son Plan national de développement 2026-2030 – un montant quatre fois supérieur aux prévisions. Le secteur privé devrait apporter près de 150 milliards de dollars (131 milliards d’euros) supplémentaires.

Selon Blaise Makaye, économiste à l’université de Bouaké, «il s’agit de la dernière phase de la stratégie visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030». Pour y parvenir, le revenu brut annuel par habitant devra atteindre 4 000 dollars (3 500 euros), contre 2 700 dollars (2 360 euros) actuellement.

Un secteur informel dominant mais des indicateurs macroéconomiques encourageants

Malgré un secteur informel représentant près de 90 % des emplois, les indicateurs macroéconomiques de la Côte d’Ivoire sont au vert. En décembre, l’agence Fitch a relevé la note souveraine du pays (BB), renforçant la confiance des investisseurs.

Vers une économie plus numérique

Les entrepreneurs réclament une accélération de la digitalisation de l’économie pour faciliter les échanges. Malgré une bureaucratie et une corruption persistantes, la Côte d’Ivoire reste inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) en matière de blanchiment de capitaux.

«La numérisation de l’administration permet à l’État d’élargir l’assiette fiscale et donc de disposer de davantage de recettes pour financer le développement», rappelle Blaise Makaye. Il souligne également l’impact potentiel des récentes découvertes de pétrole et de gaz.

La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) : un levier pour les entreprises

Autre priorité pour le secteur privé : l’accélération de la mise en place de la Zlecaf, qui pourrait ouvrir un marché de près de 1,5 milliard de consommateurs.

«Le principal obstacle reste les différences de normes et de réglementations entre les pays africains. Avec la Zlecaf, nous pourrions bénéficier d’une meilleure harmonisation», plaide Fodé Yattabaré. Régis Bamba renchérit : «Plus de libre-échange signifie plus d’opportunités commerciales, plus de facilité et une valeur économique accrue».