Depuis le début de l’automne 2025, la ville de Ségou, nichée au cœur du Mali, subit une pénurie de carburant qui s’éternise, plongeant ses habitants et son économie dans une situation critique. Entre ruptures de stock répétées, envolée des prix et multiplication des circuits parallèles, cette crise perturbe profondément le fonctionnement de la cité.
Des livraisons exceptionnelles et une attente interminable
Placée à plus de 200 kilomètres de Bamako, Ségou dépend entièrement de convois de carburant organisés par les Forces armées maliennes (FAMa). Ces transports, très protégés, n’ont lieu que deux à trois fois par mois en raison des menaces sécuritaires persistantes dans la région. Chaque arrivée de camions-citernes suscite l’espoir d’un répit, mais celui-ci est de courte durée.
Sur les dizaines de véhicules arrivant en ville, la majorité du carburant est directement acheminée vers les sites industriels et Énergie du Mali (EDM), l’opérateur public d’électricité. Résultat : seuls quelques camions, souvent moins d’une demi-douzaine, alimentent les stations-service locales. Leurs réserves, déjà maigres, s’épuisent en moins de 48 heures, relançant la crise.
L’ombre du marché noir et ses dérives
Face à ces ruptures chroniques, un marché noir du carburant s’est développé, exploitant la détresse des habitants. Dans plusieurs quartiers, le litre d’essence y est vendu entre 2 000 et 5 000 francs CFA, soit deux à cinq fois le prix officiel. Les témoignages recueillis révèlent une pratique généralisée, où des revendeurs indélicats profitent de la situation sans crainte de sanctions.
Les questions fusent : d’où provient ce carburant illégal ? Comment circule-t-il en pleine journée, sous les yeux des autorités ? Les Maliens de Ségou expriment leur indignation face à cette spéculation éhontée, qui aggrave encore les difficultés quotidiennes.
Une économie à l’arrêt et des vies bouleversées
Les conséquences de cette pénurie se répercutent sur tous les aspects de la vie locale. Les artères commerçantes de Ségou, habituellement animées, affichent un calme inhabituel. Les transports en commun, et notamment les « katakatani » (tricycles), voient leurs tarifs doubler, passant de 100 à 200 francs CFA. Cette hausse pénalise particulièrement les élèves, les enseignants et les travailleurs, contraints de parcourir de longues distances à pied ou de réduire leurs déplacements.
Face à l’urgence, les FAMa renforcent leurs patrouilles sur les axes routiers pour intercepter les véhicules transportant des quantités suspectes de carburant. Pourtant, malgré ces efforts, la population réclame une solution structurelle pour sortir de cette impasse qui sape chaque jour un peu plus les fondements économiques de Ségou.
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