21 juillet 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Mali : une loi controversée retire la nationalité aux binationaux

Le gouvernement malien en place après le changement de régime a franchi une étape supplémentaire dans sa politique de rigueur. Lors d’une réunion officielle du Conseil des ministres, l’exécutif a approuvé un projet d’ordonnance visant à modifier en profondeur le code de la nationalité. Désormais, un individu reconnu comme Malien de naissance mais disposant d’une seconde nationalité pourrait se voir retirer sa citoyenneté malienne s’il est accusé d’avoir nui aux intérêts stratégiques du pays.

Jusqu’à présent, la législation malienne ne permettait de priver de nationalité que les personnes ayant obtenu la citoyenneté par naturalisation. Cette réforme marque donc un tournant en s’attaquant directement aux binationaux nés Maliens.

Quels actes peuvent entraîner la perte de la nationalité malienne ?

Les motifs invoqués par le nouveau texte sont d’une grande sévérité. Les autorités sont désormais habilitées à engager une procédure de déchéance contre toute personne reconnue coupable d’avoir apporté un soutien logistique, financier ou médiatique à un État étranger considéré comme hostile. La loi s’étend également aux individus impliqués dans des mouvements séparatistes ou accusés de promouvoir des idées sécessionnistes. Enfin, elle sanctionne le fait de financer, d’encourager ou de glorifier des groupes armés classés comme terroristes.

Pour se conformer aux engagements internationaux, le décret précise que la déchéance ne sera applicable qu’aux personnes détenant une autre nationalité, afin d’éviter toute situation d’apatridie.

Une mesure politique visant l’opposition

Sur le plan interne, cette réforme est interprétée comme une réponse ciblée aux personnalités de l’opposition, qu’elles se trouvent sur le sol malien ou à l’étranger. Plusieurs figures politiques dont les partis ont été suspendus, des journalistes dont les médias ont été restreints, ainsi que des membres de groupes armés comme le Cadre stratégique permanent (CSP) ou des activistes critiques envers le processus de transition vivent aujourd’hui en exil, notamment en Europe ou dans des pays voisins. Malgré leur éloignement géographique, ces acteurs conservent une influence significative, que ce soit par les réseaux médiatiques ou les actions sur le terrain.

En instaurant cette disposition légale, les autorités de Bamako cherchent à rompre tout lien administratif et juridique avec ceux qu’elles qualifient d’adversaires de la reconstruction nationale.