1 mai 2026

Mali pionnier d’une stratégie innovante de vaccination antipaludique

Mali pionnier d’une stratégie innovante de vaccination antipaludique

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• À l’occasion de la journée mondiale contre le paludisme, le Mali se positionne comme le 20e pays africain à intégrer le vaccin antipaludique dans sa stratégie sanitaire.

• En 2023, le Mali recensait 3,1 % (soit 8,15 millions) des cas mondiaux de paludisme et 2,4 % (soit 14 328) des décès associés, le classant parmi les 11 pays les plus touchés par cette maladie.

• Cette approche hybride combine administration régulière et saisonnière : trois doses initiales selon l’âge, suivies de deux doses avant la saison de forte transmission.

Le Mali marque une avancée majeure dans la lutte contre le paludisme en adoptant une approche hybride de vaccination, une première mondiale. Porté par le Ministère de la Santé malien, ce projet bénéficie du soutien de Gavi, de l’UNICEF et de l’OMS. L’objectif ? Protéger les enfants de cinq à 36 mois, considérés comme les plus vulnérables face à cette maladie.

Le Mali rejoint ainsi la liste des 20 pays africains ayant intégré le vaccin antipaludique dans leur programme national de vaccination, avec le soutien de Gavi. Son approche innovante repose sur un calendrier hybride : les trois premières doses sont administrées mensuellement selon l’âge, tandis que les quatrième et cinquième doses sont prévues de manière saisonnière, en mai ou juin, avant la période de transmission intense (juillet à décembre). Cette stratégie optimise l’efficacité du vaccin en alignant sa période de protection maximale sur le pic épidémique.

Le vaccin R21/Matrix-M sera déployé initialement dans 19 districts prioritaires, répartis dans cinq régions : Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso. Le pays dispose de 927 800 doses pour son lancement.

Selon le Rapport 2024 de l’OMS, le Mali représentait en 2023, 3,1 % (8,15 millions) des cas mondiaux de paludisme et 2,4 % (14 328) des décès associés. Classé parmi les 11 pays les plus affectés, il affichait une hausse de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023. La Région africaine concentre à elle seule 94 % des cas et 95 % des décès mondiaux dus au paludisme.

Lors de la cérémonie de lancement, le Ministre de la Santé et du Développement social du Mali, Colonel Assa Badiallo Touré, a salué l’engagement des partenaires (Gavi, Fonds mondial, OMS, UNICEF) dans ce projet. « Ce déploiement représente l’aboutissement d’efforts considérables. Nos chercheurs ont joué un rôle clé dans les essais cliniques, aboutissant à la recommandation des vaccins RTS,S et R21 par l’OMS. La lutte contre le paludisme exige une mobilisation collective pour réduire son fardeau » a-t-il déclaré.

Gavi pilote le programme mondial de vaccination antipaludique, en partenariat avec les pays et les acteurs clés. Son modèle de cofinancement permet aux États de contribuer progressivement aux coûts des programmes. Le financement de la prochaine période stratégique (2026-2030) est actuellement en cours de levée pour étendre la couverture vaccinale.

La Dre Sania Nishtar, Directrice générale de Gavi, a souligné : « L’engagement du Mali est exemplaire. Avec 20 pays africains ayant déjà introduit ce vaccin et plus de 24 millions de doses distribuées, un financement durable est crucial pour garantir un accès équitable à cet outil essentiel. Gavi reste déterminé à soutenir cette lutte contre l’une des maladies les plus meurtrières du continent. »

L’UNICEF joue un rôle clé dans la logistique et la sensibilisation. « Ce vaccin est une avancée historique pour les enfants maliens », déclare le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali. « Après 35 ans de recherche, nous disposons enfin d’un outil puissant. Cependant, il doit compléter les autres mesures préventives comme les moustiquaires imprégnées et la chimioprévention. Nos équipes sur le terrain, incluant des bénévoles utilisant U-Report, mènent des actions de mobilisation pour promouvoir la vaccination et contrer la désinformation. »

L’OMS a coordonné les essais pilotes du vaccin RTS,S/AS01 au Ghana, au Kenya et au Malawi via le Programme de mise en œuvre du vaccin antipaludique (MVIP), cofinancé par Gavi, le Fonds mondial et UNITAID. Entre 2019 et 2023, plus de deux millions d’enfants ont été vaccinés, réduisant de 13 % la mortalité infantile liée au paludisme. Ces résultats ont conduit à la recommandation et préqualification des deux vaccins actuels par l’OMS.

« Le vaccin antipaludique constitue une avancée majeure en santé publique », affirme le Dr Patrick Kabore, Représentant de l’OMS au Mali. « Il renforce notre arsenal de lutte contre cette maladie et allège le fardeau pesant sur les populations. »

Ce vaccin s’ajoute aux mesures existantes au Mali : moustiquaires imprégnées, chimioprévention saisonnière, traitement préventif intermittent chez les femmes enceintes et pulvérisation intradomiciliaire d’insecticides.

Ce lancement intervient quelques semaines après le plus grand déploiement de vaccin antipaludique en Afrique, réalisé par l’Ouganda. Depuis 2023, plus de 24 millions de doses ont été livrées sur le continent, où les pays accélèrent leurs programmes. Les 20 pays ayant introduit le vaccin représentent plus de 70 % de la charge mondiale de paludisme. Les premiers résultats au Cameroun confirment l’efficacité de cette initiative. D’ici fin 2025, 13 millions d’enfants supplémentaires devraient être protégés. Pour la période 2026-2030, Gavi vise à vacciner 50 millions d’enfants supplémentaires, sous réserve de fonds suffisants.

Pourquoi une vaccination hybride au Mali ?

La transmission du paludisme au Mali est fortement saisonnière, avec 80 % des cas survenant entre juillet et décembre. L’approche hybride permet d’administrer les trois premières doses tout au long de l’année en fonction de l’âge, tandis que les doses suivantes sont administrées avant la saison des pluies. Cette stratégie maximise l’impact du vaccin en synchronisant sa période d’efficacité avec le pic de transmission.

Les enfants de moins de cinq ans sont les plus exposés au risque de décès par paludisme, représentant plus de 75 % des morts mondiales. Leur système immunitaire n’ayant pas eu le temps de développer une résistance, ils restent particulièrement vulnérables.

Efficacité et sécurité du vaccin

  • Les vaccins RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M, préqualifiés par l’OMS, réduisent de plus de moitié les cas de paludisme la première année après vaccination.

  • Une quatrième dose en deuxième année prolonge la protection.

  • En zones de transmission saisonnière élevée, l’efficacité atteint 75 % lorsque le vaccin est administré de manière saisonnière.

  • Ces vaccins ciblent P. falciparum, le parasite le plus mortel et répandu en Afrique.

D’autres pays emboîtent le pas

Plusieurs nations adaptent cette stratégie à leur contexte :

  • Au Nigéria, les États de Kebbi et Bayelsa ont lancé un déploiement progressif avec plus de 800 000 doses.

  • Au Tchad, le vaccin antipaludique est intégré à un triple déploiement contre paludisme, pneumonie et diarrhée.

  • Au Soudan et en République démocratique du Congo, le déploiement est intégré aux plans de riposte sanitaire.