15 mai 2026

Laurent gbagbo reste à la tête du PPA-CI en Côte d’Ivoire

© Damien Glez

Après des mois d’hésitation et de spéculations, Laurent Gbagbo, figure emblématique de la vie politique ivoirienne, a finalement choisi de conserver la présidence du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Une décision qui marque un tournant dans la trajectoire de ce parti, alors que son avenir semblait incertain il y a encore quelques mois.

L’octogénaire, longtemps perçu comme en retrait de la scène politique active, a surpris plus d’un observateur en annonçant son maintien à la tête du PPA-CI. Une reconduction qui intervient dans un contexte où le parti n’a pas participé aux dernières élections présidentielles ni législatives. Pourtant, les congressistes réunis à Treichville ont exprimé leur volonté de le voir poursuivre son engagement, invoquant une prétendue « ferveur populaire » et la nécessité de guider un pays qu’ils estiment en difficulté.

une reconduction symbolique et stratégique

C’est lors du premier congrès ordinaire du PPA-CI, organisé les 14 et 15 mai au Palais de la culture de Treichville, que Laurent Gbagbo a été officiellement reconduit à son poste. Une élection par acclamation qui a donné l’illusion d’une unité retrouvée, alors que les tensions internes au parti n’ont jamais vraiment disparu. Le fondateur du PPA-CI, surnommé affectueusement « Woody de Mama » par ses partisans, a ainsi confirmé son rôle central dans l’orientation politique du parti, malgré les défis auxquels celui-ci est confronté.

L’ancien chef d’État, empêché de se présenter à la dernière élection présidentielle pour des raisons juridiques, avait semblé un temps vouloir prendre ses distances avec la politique active. Pourtant, la décision d’Alassane Ouattara de briguer un nouveau mandat a semble-t-il relancé les ambitions de Gbagbo. Pour ses soutiens, il incarne la continuité et la stabilité dans un paysage politique ivoirien en pleine recomposition.

purge et tensions internes au PPA-CI

Derrière l’apparente unité affichée lors du congrès se cachent des divisions profondes. Plusieurs figures du parti, dont l’ancien vice-président exécutif Ahoua Don Mello, avaient choisi de se présenter en solo lors de la présidentielle d’octobre 2025, défiant ainsi la ligne officielle du PPA-CI. Une stratégie qui s’est soldée par un échec retentissant, poussant le comité central à sanctionner les dissidents.

Parmi les « purgés » figurent des personnalités influentes comme le maire de Lakota, Prince Arthur Dalli, le député indépendant Stéphane Kipré et le professeur Georges Armand Ouégnin. Ces derniers étaient accusés de désobéissance pour avoir refusé de respecter l’appel au boycott des scrutins lancé par le parti. Leur exclusion du congrès symbolise la volonté des instances dirigeantes de resserrer les rangs et d’imposer une discipline stricte.

Pourtant, ces mesures radicales n’ont pas suffi à étouffer les critiques. Les frondeurs réclament un renouvellement des cadres et une meilleure répartition des responsabilités au sein du parti. Leur exclusion du conclave de Treichville a ravivé les tensions et posé la question de l’avenir du PPA-CI sans l’apport de ces militants expérimentés.

une présidence symbolique ou un retour en force ?

À 80 ans passés, Laurent Gbagbo n’a que faire des responsabilités opérationnelles du parti. Son rôle semble davantage symbolique, visant à incarner l’héritage du PPA-CI et à fédérer ses membres autour d’une identité commune. Pourtant, son influence reste déterminante, et nombreux sont ceux qui redoutent que cette reconduction ne soit qu’un prélude à un retour plus marqué sur le devant de la scène.

Lors d’une allocution prononcée le 15 mai devant les congressistes, Gbagbo a réaffirmé son attachement à la cause populaire, évoquant même une « fête de la Renaissance » organisée dans son village natal de Songon. Une référence à un passé glorieux qui rappelle à quel point son nom reste indissociable de l’histoire politique récente de la Côte d’Ivoire.

Reste à savoir si cette reconduction suffira à redonner un second souffle au PPA-CI. Entre divisions internes et absence de participation aux dernières élections, le parti peine à retrouver l’influence qu’il a pu avoir par le passé. Pourtant, avec Gbagbo à sa tête, le PPA-CI conserve une carte maîtresse : celle d’un leader charismatique capable de mobiliser une base militante fidèle et engagée.