Ce samedi 16 mai marque une date sombre pour la scène politique tchadienne : cela fait désormais un an que l’éminent opposant Succès Masra, ancien Premier ministre et président du parti Les Transformateurs, est incarcéré. Son arrestation, survenue au petit matin à son domicile, a été suivie d’une condamnation à 20 ans de prison ferme en août 2025 pour « incitation à la haine » suite à des violences intercommunautaires dans le sud du pays.
Malgré cette longue détention qui s’apprête à être commémorée par ses partisans, le parti Les Transformateurs affiche une détermination inébranlable. Le Docteur Tog-Yeum Nagorngar, secrétaire général de la formation politique, assure que l’organisation maintient le cap, fidèle à ses objectifs.
« Le Président Succès Masra, bien qu’en prison, n’est pas absent parmi nous. Le parti se porte bien et continue à avoir le regard fixé sur ses objectifs sans se laisser distraire par quoi que ce soit », affirme le Docteur Nagorngar. Il insiste sur l’innocence de son leader : « Le Docteur Succès Masra n’a rien fait qui mérite qu’il soit emprisonné depuis déjà un an. Aucun début de preuve n’a été apporté par rapport aux accusations portées à son encontre. » Pour lui, il s’agit d’une « erreur administrative et judiciaire » et il en appelle au Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno pour qu’il « prenne ses responsabilités » et corrige cette situation.
La répression de l’opposition tchadienne s’intensifie
La situation de Succès Masra n’est malheureusement pas isolée. La semaine précédente, huit autres figures de l’opposition, membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été lourdement condamnées. Ces leaders ont écopé de 8 ans de prison ferme pour des accusations d’« association de malfaiteurs, de mouvements insurrectionnels, de rébellion et de détention d’armes de guerre », après avoir projeté une marche pacifique. Sosthène Mbernodji, coordinateur du Mouvement Citoyen pour la Préservation des Libertés (MCPL), déplore vivement ces arrestations et estime que l’opposition politique au Tchad est désormais quasi inexistante.
« Les Transformateurs, depuis que leur leader est embastillé depuis un an déjà, leur marge de manœuvre est considérablement réduite », explique Sosthène Mbernodji. Il ajoute : « Puis le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) était la seule coalition qui restait et faisait entendre un autre son de cloche. Voilà que le pouvoir a utilisé la justice pour dissoudre ce regroupement et étouffer les 8 leaders membres dudit regroupement. » Le coordinateur du MCPL dresse un tableau sombre de la démocratie tchadienne : « Je crois que nous ne sommes plus dans une démocratie, nous sommes dans une monarchie qui s’installe dans la durée et c’est regrettable pour le Tchad. Je pense qu’il est temps de décrisper le climat social et politique pour avancer. Puisqu’à ce stade, c’est un recul de presque 40 à 50 ans. Le pays est revenu au parti unique comme à l’époque des indépendances. »
Face à cette vague d’arrestations et de condamnations, une vingtaine de partis d’opposition ont conjointement publié un communiqué de presse. Ils y dénoncent unanimement ce qu’ils qualifient de « musellement des voix dissidentes » et d’« instrumentalisation de la justice » par le pouvoir en place.
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