3 juin 2026

Voix Panafricaine

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Crise au Burkina, Mali et Niger : les juntes militaires face à leur échec

Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis sous l’appellation Alliance des États du Sahel (AES), traversent une crise profonde de légitimité. Face à l’aggravation des tensions sécuritaires et à l’incapacité à rétablir la stabilité, ces juntes recourent à une répression massive : enlèvements arbitraires, restrictions des libertés fondamentales et violations systématiques des droits humains. Une stratégie désespérée pour masquer leur échec cuisant.

Cette dérive autoritaire touche particulièrement les défenseurs des droits humains et les médias, alors que la situation sécuritaire se dégrade davantage. Alioune Tine, président de l’Afrikajom Center, analyse sans détour la réalité de ces régimes :

Des régimes acculés par leurs propres promesses non tenues

Lors de leur prise de pouvoir, les militaires de l’AES justifiaient leur coup d’État par une dégradation alarmante de la sécurité. Pourtant, depuis leur arrivée, les attaques terroristes se multiplient, avec un bilan humain encore plus lourd. Alioune Tine souligne :

« Le constat actuel est sans appel : ces juntes, notamment celle dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, sont dans une impasse totale. Non seulement la situation sécuritaire s’est aggravée, mais les promesses de retour rapide à l’ordre civil ont été oubliées. Au début, IB promettait une transition rapide vers un gouvernement élu. Aujourd’hui, il s’enfonce dans une logique répressive pour se maintenir au pouvoir. »

Parmi les exemples les plus frappants de cette dérive, l’avocat et défenseur des droits humains Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier, incarne la répression ciblant la société civile. Son cas n’est pas isolé : des personnalités âgées, des militants et des journalistes sont régulièrement enlevés ou forcés de rejoindre les Volontaires de la défense de la patrie (VDP).

Au Burkina Faso : une instabilité grandissante

La tension atteint son paroxysme à Ouagadougou, où des rumeurs de mutinerie dans l’armée et de tentative de coup d’État se propagent. Un obus a même atterri dans l’enceinte de la chaîne publique RTB le 12 juin, faisant des blessés. Le capitaine Traoré a tenté de minimiser l’incident, accusant les « médias ennemis » de propager de fausses informations. Pourtant, les attaques terroristes, comme celle de Mansila ayant fait une centaine de morts le 11 juin, confirment l’échec des juntes à garantir la sécurité.

Cette instabilité pousse des organisations comme Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains à organiser des rassemblements pour dénoncer la répression de la liberté de la presse et d’expression. Elles exigent notamment la libération immédiate des défenseurs des droits humains emprisonnés.

Au Mali et au Niger : l’échec des juntes sur tous les fronts

Si le Mali affiche quelques progrès dans le contrôle de certaines zones du nord, la situation reste critique. Les difficultés socioéconomiques persistent, et l’absence de légitimité démocratique se fait cruellement sentir. Des opposants en exil ont même formé un gouvernement parallèle, illustrant le rejet croissant des juntes par la population.

Quant au Niger, il subit lui aussi les conséquences de cette gouvernance autoritaire. Les restrictions des libertés et les violations des droits humains y sont monnaie courante, tandis que les promesses initiales de stabilisation s’effritent.

Une répression orchestrée pour survivre : le recours à la terreur

Face à la contestation grandissante, les juntes de l’AES durcissent leur politique répressive. Alioune Tine dénonce une dérive vers des « dictatures totales » :

« On assiste à des enlèvements de personnalités de la société civile, à des détentions arbitraires, et à la fermeture de médias nationaux et internationaux. Ces régimes n’hésitent pas à envoyer des civils, y compris des personnes âgées, au front par pur opportunisme politique. »

Pour renforcer leur pouvoir, ces juntes se tournent vers des alliés peu regardants sur les droits humains, comme la Russie. Alioune Tine critique cette alliance :

« En choisissant de jouer le jeu des grandes puissances, ces régimes ont affaibli la CEDEAO. L’organisation est désormais divisée entre pro-occidentaux et pro-russes, ce qui nuit gravement à la coopération interafricaine. Une catastrophe pour l’ensemble de la sous-région. »

Parmi les sujets de discorde, la question du franc CFA et des bases militaires françaises reste un point de tension majeur. Alioune Tine ajoute :

« Le départ des bases françaises doit s’accompagner d’alternatives crédibles. Sinon, cette décision ne fera que fragiliser davantage la région. »