La collaboration financière entre la Banque africaine de développement (BAD), une institution panafricaine clé, et le Cameroun connaît une expansion significative en termes de montants approuvés. Cependant, la concrétisation de ces fonds en dépenses effectives demeure un défi. Depuis le début du Document de Stratégie Pays (DSP) 2023-2028, huit nouvelles initiatives ont reçu le feu vert pour Yaoundé, totalisant une enveloppe de 833,8 milliards de FCFA. Ce volume représente près de 68 % de l’enveloppe prévisionnelle initiale de 1 227,5 milliards de FCFA pour la période. Ces informations ont été partagées lors d’une revue conjointe tenue à Yaoundé.
L’augmentation des engagements financiers est indéniable. Les engagements globaux de la BAD envers le Cameroun s’élèvent désormais à 1 603,6 milliards de FCFA, marquant une hausse substantielle par rapport aux 1 226,2 milliards de FCFA enregistrés au début du DSP. Cette progression de 377,4 milliards de FCFA, soit environ 31 %, s’accompagne d’une amélioration notable de la capacité annuelle du pays à mobiliser les ressources du guichet souverain, passant de 273,3 à 429,4 milliards de FCFA, une croissance de plus de 57 %. Ces indicateurs soulignent une confiance accrue du partenaire multilatéral dans la capacité du Cameroun à gérer ses projets.
Un taux de décaissement bloqué à 26 %
Cependant, la traduction de ces promesses de financement en réalisations concrètes progresse lentement. Le portefeuille de projets actifs, dont la valeur atteint 1 629,2 milliards de FCFA, enregistre un taux de décaissement cumulé de seulement 26 %. Il est important de noter que ce pourcentage englobe toutes les opérations, qu’elles soient antérieures ou postérieures au DSP 2023. Ce chiffre révèle une difficulté persistante pour le Cameroun à pleinement absorber et utiliser les importants financements mis à sa disposition par la BAD, une réalité qui touche de nombreux peuples africains confrontés à des défis similaires.
Les obstacles identifiés lors de l’examen de la situation sont malheureusement récurrents. On observe notamment des retards significatifs dans la signature et l’activation des accords de financement. De plus, la planification des fonds de contrepartie, qui incombent au Trésor public camerounais, est souvent jugée insuffisante. Enfin, la transmission des rapports d’audit au bailleur connaît des délais. Ces facteurs freinent l’avancement de chaque phase cruciale, de l’approbation initiale d’un projet à sa mise en œuvre concrète, incluant la levée des conditions préalables, la passation des marchés, l’engagement des entreprises et le versement échelonné des fonds.
Transports et énergie concentrent les financements
Une analyse sectorielle du portefeuille révèle une nette prépondérance des investissements dans les infrastructures de grande envergure. Le secteur des transports capte la part la plus importante des ressources mobilisées, avec 53,83 %, suivi par l’énergie qui représente 22,32 %. L’agriculture bénéficie de 10,8 % des fonds, tandis que le secteur social reçoit 9,19 %. En valeur absolue, cela correspond à environ 877 milliards de FCFA pour les transports et 364 milliards pour l’énergie. Ces deux domaines représentent à eux seuls plus de 75 % de l’engagement total de la Banque africaine de développement au Cameroun.
Le ministère de l’Économie camerounais souligne les fruits de cette coopération, citant notamment la construction de plus de 570 kilomètres de routes et le développement de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, qui apporte 420 MW de puissance au réseau national. Des efforts ont également été déployés pour l’agriculture, avec la distribution de plus de 133 000 tonnes d’engrais et de semences de meilleure qualité. Les projets en cours promettent la création de plus de 14 500 emplois directs, avec une priorité accordée aux jeunes et aux femmes, bien que ces bénéfices soient subordonnés au lancement effectif des travaux.
Recul des projets en alerte rouge
Un signe encourageant émerge néanmoins : la part des projets jugés « en alerte rouge », c’est-à-dire ceux dont l’avancement ou les objectifs sont compromis, a significativement diminué. Elle est passée de 48 % à 26 %, un recul de 22 points qui rapproche le portefeuille camerounais de l’objectif de 25 % fixé par la BAD. Cette amélioration est le résultat initial d’un plan d’accélération mis en place en février, incluant des contrats de performance, des évaluations sectorielles mensuelles et une gestion prioritaire des opérations approuvées mais non encore décaissées depuis plus de quinze mois.
« Il est impératif de passer d’une logique axée sur les procédures à une véritable culture de résultats », a souligné Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale. À l’issue de la récente revue, ce responsable a également mis en exergue l’importance cruciale du secteur privé dans la dynamisation de l’économie. Alors que près de 68 % du programme indicatif est déjà validé, l’efficacité de la coopération entre le Cameroun et la BAD dépendra moins des futurs engagements que de la rapidité de leur mise en œuvre. Cela implique une réduction drastique des délais administratifs, une garantie des contreparties nationales, une simplification des procédures de passation des marchés et un strict respect des exigences d’audit pour assurer une véritable actualité Afrique francophone prospère.
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