30 avril 2026

Niger : la liberté de la presse menacée par les pressions du pouvoir militaire

Le climat médiatique au Niger traverse une zone de fortes turbulences. Selon une récente alerte d’Amnesty International, les autorités de transition exercent des pressions croissantes, incluant des arrestations arbitraires et des manœuvres d’intimidation contre les professionnels de l’information traitant des enjeux sécuritaires.

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023 par le général Abdourahamane Tchiani, désormais à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), l’espace médiatique se réduit. La peur des représailles pousse de nombreux reporters vers l’autocensure, fragilisant le droit à l’information dans un pays marqué par le conflit.

Samira Daoud, responsable régionale pour Amnesty International en Afrique de l’Ouest et du Centre, dénonce ce recul des libertés fondamentales : « Ce mépris pour le travail journalistique survient alors que les citoyens ont un besoin crucial d’informations fiables sur la gestion de la crise. Nous exhortons les responsables nigériens à libérer immédiatement les journalistes incarcérés pour avoir exercé leur métier et à garantir un environnement de travail sécurisé, loin de tout harcèlement. »

Le cas de Soumana Maiga, à la tête du journal L’Enquêteur, illustre cette tension. Interpellé le 24 avril 2024 suite à une publication évoquant l’installation de systèmes d’écoute russes sur des sites étatiques, il est poursuivi pour « atteinte à la défense nationale ». Il encourt une peine de dix ans de réclusion criminelle.

Les instances de transition se doivent d’honorer leurs engagements légaux en matière de protection et de promotion des droits humains pour l’ensemble de la population.

Samira Daoud, Directrice régionale d’Amnesty International

Par ailleurs, Ousmane Toudou, journaliste et ex-conseiller présidentiel, a été arrêté le 13 avril 2024. Il lui est reproché d’avoir critiqué le coup d’État sur les réseaux sociaux. Malgré l’expiration du délai légal de garde à vue, il demeure détenu sans voir de juge et risque d’être traduit devant une juridiction militaire, une procédure contestée par les normes internationales pour des civils.

Une profession contrainte à la prudence extrême

La pression touche également les médias internationaux. Tchima Illa Issoufou, qui collabore avec la BBC, a dû quitter le Niger après avoir été visée par des menaces. Accusée de vouloir déstabiliser la nation après un reportage sur la sécurité dans la zone de Tillabéri, elle a subi des attaques virulentes en ligne. Son interlocuteur lors de ce reportage, l’activiste Ali Tera, a été placé en détention à la prison de Niamey fin avril.

« Le métier est devenu périlleux. Les fondements de la liberté d’informer sont bafoués, nous obligeant à peser chaque mot pour éviter le pire », témoigne anonymement un responsable de média local.

L’institutionnalisation de cette reprise en main s’est manifestée en janvier 2024 par la suspension de la Maison de la Presse. Cette organisation représentative a été remplacée par une structure provisoire placée sous la tutelle directe du ministère de l’Intérieur.

Pourtant, comme le rappelle Samira Daoud, le Niger reste lié par des conventions internationales majeures, telles que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le respect de la liberté d’expression n’est pas une option, mais une obligation légale que les autorités actuelles doivent impérativement restaurer.