Le rapport International Debt Report 2026, publié début novembre, lève le voile sur une réalité économique inquiétante pour le Cameroun. En 2025, le pays a englouti l’équivalent de 1 101 milliards de FCFA, soit 1,896 milliard de dollars, dans le remboursement de sa dette extérieure. Un chiffre en hausse de 12,3 % par rapport à 2024, où 1 023 milliards de FCFA avaient été consacrés à cette charge. Derrière cette augmentation spectaculaire se cachent des mécanismes structurels qui révèlent les fragilités profondes du système financier camerounais.
Un remboursement record qui révèle l’essoufflement des ressources extérieures
La détérioration du ratio dette extérieure/recettes d’exportation est sans appel : en 2025, 22,1 % des recettes tirées des exportations de biens, services et revenus primaires ont été absorbés par le service de la dette, contre 19,1 % en 2024. Une hausse qui coïncide avec un recul de 2,9 % des recettes extérieures, tombées à 8,57 milliards de dollars. Ce phénomène s’explique en partie par le déclin structurel de la production pétrolière, amorcé depuis le milieu des années 2010, ainsi que par les variations défavorables des cours du cacao et du bois, deux piliers de l’économie camerounaise.
Les échéances massives de 2025 trouvent leur origine dans des engagements contractés au début des années 2010, notamment avec des créanciers bilatéraux asiatiques. Ces prêts avaient financé des infrastructures majeures comme le port de Kribi, le barrage de Memve’ele ou encore le réseau routier national. Parallèlement, les eurobonds émis en 2015 et refinancés en 2021 arrivent à échéance, tandis que les remboursements au Fonds monétaire international (FMI) ont bondi de 54 %, passant de 84,3 millions à 130,4 millions de dollars entre 2024 et 2025.
L’investissement public sacrifié sur l’autel de la dette
La situation atteint un seuil critique en 2025 : les flux nets de nouveaux financements extérieurs ont chuté de 32,8 %, s’établissant à seulement 624 millions de dollars. Pire encore, les transferts nets, après déduction des intérêts, se sont effondrés de 71,5 %, ne représentant plus que 113 millions de dollars. Le Cameroun, autrefois bénéficiaire net de financements extérieurs, devient ainsi un exportateur net de capitaux. Une tendance que partagent d’autres pays de la CEMAC comme le Gabon ou le Congo-Brazzaville, mais avec une intensité bien moindre en volume absolu.
Cette contraction des ressources se traduit directement par une baisse drastique des dépenses d’investissement public. Les données du premier trimestre 2026, publiées par le ministère des Finances, montrent un recul de 27,7 % de l’investissement par rapport à la même période en 2025. Une situation conforme aux exigences de consolidation budgétaire imposées dans le cadre du programme suivi avec le FMI. Pourtant, le poids du service de la dette intérieure, estimé à plus de 600 milliards de FCFA en 2026, continue de peser lourdement sur les marges de manœuvre de l’État.
Un héritage explosif pour le Cameroun post-Biya
Selon les dernières analyses conjointes de la Banque mondiale et du FMI, le Cameroun reste classé à haut risque de surendettement, bien que sa dette soit jugée « gérable à moyen terme ». Avec un encours extérieur représentant 30,3 % du revenu national brut mais 205,1 % des recettes extérieures, la vulnérabilité ne réside pas tant dans le niveau global de la dette que dans l’incapacité à générer suffisamment de devises pour honorer les échéances. Une équation particulièrement périlleuse dans un contexte où l’économie dépend encore largement des hydrocarbures et de l’agro-industrie.
La période 2026-2027 s’annonce comme un véritable casse-tête pour l’exécutif camerounais. L’alternance politique, qui s’ouvre après quatre décennies de gouvernance ininterrompue, coïncide avec une phase où chaque franc alloué au remboursement de la dette limite drastiquement les marges de manœuvre en matière sociale, salariale et sécuritaire. La réussite de cette transition dépendra de la capacité à renégocier certains prêts bilatéraux, à relancer l’émission de titres sur le marché régional de la BEAC et à diversifier l’assiette fiscale en réduisant la dépendance aux ressources pétrolières.