Yaoundé sous haute tension : les dessous de la nouvelle formule d’approvisionnement en pétrole

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Le Cameroun se trouve à un carrefour énergétique avec une proposition inédite d’importation de pétrole, présentée lors d’un entretien discret entre les autorités locales et un consortium international mené par KC Trade International. Dans les coulisses du projet, un montage financier audacieux émerge, révélant des tensions inédites entre solution immédiate et risques structurels pour le budget de l’État.

Un crédit fournisseur à haut risque pour Yaoundé

Le projet repose sur un mécanisme baptisé par ses promoteurs « open account 100 % » : le Cameroun réceptionnerait les cargaisons de carburants avant d’en régler la facture, sans échéance fixe en vue. Une pratique courante dans le commerce européen de biens manufacturés, mais exceptionnelle dans le secteur pétrolier où la lettre de crédit bancaire domine en raison des montants colossaux en jeu. Une seule cargaison d’essence ou de gazole équivaut à un investissement de 30 à 60 millions de dollars, selon la taille du navire et les fluctuations des prix du marché.

Malgré l’urgence apparente, les détails concrets manquent cruellement : durée du crédit, volumes concernés, voire garanties souveraines ou bancaires exigées. Ces zones d’ombre rendent impossible, à ce stade, une évaluation précise des conséquences pour le Trésor public camerounais ou la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), gestionnaire des stocks stratégiques.

Un marché pétrolier camerounais sous pression depuis 2019

Le contexte ne laisse aucune marge de manœuvre aux autorités. Depuis l’arrêt brutal de la raffinerie de Limbé en mai 2019, consécutif à un incendie majeur, le Cameroun doit importer la quasi-totalité de ses besoins en produits raffinés. Entre janvier et octobre 2025, les chiffres officiels indiquent l’importation de 1,58 million de tonnes de carburants liquides et 208 216 tonnes de GPL, soit près de 1,79 million de tonnes en dix mois. Extrapolé sur une année complète, le marché représenterait désormais entre 2,1 et 2,2 millions de tonnes, une manne colossale pour les négociants internationaux.

En comparaison, la Côte d’Ivoire, avec une capacité de raffinage de 3,5 millions de tonnes annuelles, reste exportatrice nette dans la sous-région. Cette situation place le Cameroun en position de faiblesse, avec un segment autrefois verrouillé par des contrats de gré à gré entre la Sonara et quelques fournisseurs sélectionnés. L’irruption de nouveaux acteurs, comme BGN et Zyron Energy, s’accompagne d’une promesse d’investissements complémentaires, selon les propos tenus par Rüya Bayegan à l’issue des discussions.

Une offre globale qui redéfinit les règles du jeu

Le consortium ne s’est pas contenté de proposer une solution d’approvisionnement. Plusieurs pistes d’envergure ont été évoquées :

  • Des accords pluriannuels de fourniture, s’éloignant des appels d’offres ponctuels traditionnels.
  • Une commercialisation accrue du brut camerounais sur les marchés internationaux, actuellement gérée par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) via des appels d’offres trimestriels.
  • Des partenariats dans les infrastructures : navires dédiés, terminaux portuaires et dépôts pétroliers, impliquant une dépendance de long terme envers des acteurs privés dont l’influence actuelle n’est pas transparente.

Chacune de ces pistes soulève des questions cruciales : comment concilier l’urgence financière avec une stratégie industrielle pérenne ? Jusqu’où le Cameroun est-il prêt à ouvrir son secteur pétrolier à des intermédiaires internationaux, alors que sa production oscille entre 60 000 et 65 000 barils par jour ?

Le choix à venir ne se limitera pas à un simple mécanisme de trésorerie. Il engagera l’avenir énergétique du pays et redéfinira l’équilibre entre souveraineté nationale et ouverture aux marchés globaux.

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