Le scandale des 63 % qui manquent à l’appel : quand les milliards de l’État s’évaporent
Le Burkina Faso dépense des milliards chaque année pour ses infrastructures, mais moins de 40 % des projets voient réellement le jour. Derrière ce chiffre alarmant se cache un système opaque où les promesses budgétaires s’effritent avant même d’être concrétisées. Plongeons dans les coulisses de cette gabegie organisée, révélée par les dernières évaluations officielles.
Les rapports exhaustifs sur la gestion des investissements publics au Burkina Faso dépeignent un tableau accablant : seulement 37 % des projets d’infrastructures prévus par l’État aboutissent effectivement. Un taux d’échec qui interroge sur l’efficacité d’une politique budgétaire pourtant saluée pour ses réformes administratives et ses augmentations de budgets. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une réalité plus sombre : l’argent est mobilisé, mais les résultats concrets restent désespérément hors de portée.
Les causes de cette hémorragie financière sont multiples, mais structurées en quatre mécanismes implacables qui transforment les milliards engagés en pure perte.
1. L’étude préalable : la pierre angulaire oubliée
Un projet ne peut pas réussir sans un diagnostic solide. Pourtant, au Burkina Faso, plus de 60 % des initiatives budgétaires démarrent sans études de faisabilité approfondies. Résultat ? Une avalanche d’imprévus : des coûts sous-évalués, des sites inadaptés, des priorités mal définies. Dès les premières phases, les chantiers s’enlisent dans des surcoûts qui asphyxient les finances publiques et bloquent toute progression.
- Exemple frappant : un projet de route devant relier deux villes majeures a vu son budget initial multiplié par trois après la découverte d’un sol instable. Le chantier a finalement été abandonné, laissant derrière lui un trou financier et aucun ouvrage.
2. L’administration et les impayés : le piège bureaucratique
Le parcours du combattant ne fait que commencer une fois le projet lancé. Entre les lenteurs administratives, les retards de paiement aux entreprises du BTP et les procédures de marchés publics interminables, les PME locales, souvent premières victimes, se retrouvent asphyxiées. Sans trésorerie, elles abandonnent les chantiers à mi-parcours, laissant des infrastructures inachevées et des dettes publiques colossales.
- Chiffre clé : 40 % des retards de paiement aux entreprises locales seraient dus à des lourdeurs administratives, selon les audits internes.
3. L’entretien : l’angle mort de la dépense publique
Même quand un projet parvient miraculeusement à être livré, il est trop souvent abandonné à son sort. Faute de budgets dédiés à la maintenance, les routes neuves se dégradent en quelques mois, les écoles manquent de matériel dès la rentrée, et les réseaux d’eau potable deviennent inutilisables. Le capital public investi s’évapore en silence, réduisant à néant l’impact initial de la dépense.
- Cas emblématique : une école construite pour 500 enfants est aujourd’hui inutilisable après seulement deux ans, faute d’entretien et de réparations.
4. La règle contre la pratique : un décalage systémique
Le Burkina Faso a modernisé son cadre institutionnel pour rassurer ses partenaires internationaux. Pourtant, l’application concrète des règles de transparence, de suivi et de résultat reste largement théorique. Les évaluations sur le terrain révèlent des écarts criants entre les lois votées et la réalité vécue par les citoyens. Résultat : une dépense publique qui se mesure en promesses, mais jamais en résultats tangibles.
Les partenariats public-privé : une solution risquée sans corrections préalables
Face à cette impasse, le gouvernement mise sur les Partenariats Public-Privé (PPP) pour relancer les investissements. Une stratégie alléchante sur le papier, mais dangereuse si les failles structurelles ne sont pas comblées. Confier des projets au secteur privé sans renforcer les capacités de contrôle de l’État expose le pays à des surcoûts financiers futurs et à des garanties publiques complexes. Sans une refonte en profondeur de la chaîne d’exécution, ces partenariats ne feront que déplacer le problème et alourdir la dette publique.
Vers une refonte radicale : de l’intention à la réalité
Injecter plus de milliards dans un système défaillant serait une erreur stratégique. La clé de la réussite réside dans la transformation radicale de la chaîne d’exécution publique. Voici les pistes urgentes à explorer :
- Renforcer les études préalables : chaque projet doit être précédé d’une évaluation technique et financière rigoureuse, avec des coûts réalistes et des sites adaptés.
- Simplifier les procédures administratives : accélérer les paiements aux entreprises pour éviter les abandons de chantiers et réduire les lenteurs bureaucratiques.
- Instaurer des budgets de maintenance obligatoires : chaque infrastructure livrée doit s’accompagner d’un fonds dédié à son entretien, pour garantir sa durabilité sur le long terme.
- Instaurer un suivi transparent des résultats : les citoyens et les partenaires internationaux doivent pouvoir vérifier en temps réel l’avancement et l’impact des projets.
Pour les Burkinabè, le seul critère valable reste la preuve concrète : une école construite et fonctionnelle, une route praticable, un village raccordé à l’eau potable. Rien de moins. Si le gouvernement veut regagner la confiance des citoyens, il doit passer d’une logique de dépense budgétaire à une logique de résultat tangible.
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