16 août 2026

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Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire sous pression du régime

Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire sous pression du régime

Quarante-quatre professionnels des médias burkinabè viennent de terminer un stage militaire de six jours, présenté comme une immersion patriotique. Cette session, organisée par le ministère de la Sécurité à l’Académie de police de Pabré, près de Ouagadougou, marque un tournant dans la relation entre le pouvoir militaire et les médias du pays. Depuis plus de dix ans, le Burkina Faso fait face à une insécurité croissante liée aux attaques djihadistes affiliées à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Une formation présentée comme un devoir citoyen

Les participants, issus des médias publics et privés, ont été filmés en train de porter des treillis et de manipuler des armes lors d’une séquence diffusée sur les réseaux sociaux par la chaîne publique RTB. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a interpellé les journalistes en ces termes : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? ». Les participants, alignés au garde-à-vous, ont répondu à l’unisson : « Affirmatif ».

Le ministre a ensuite développé sa pensée : « Un professionnel de l’information qui n’est pas patriote devient une menace pour son pays ». Il a ajouté qu’un journaliste « professionnel et patriote, mais non engagé, équivaut à un spectateur indifférent dans un moment où s’écrit l’histoire de la nation ». Pour le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, cette initiative vise à « ancrer [les journalistes] dans les réalités opérationnelles et les valeurs qui animent les forces de défense et de sécurité au quotidien ».

Des réactions contrastées face à cette mesure

Dès l’annonce de cette formation, les organisations de défense des libertés de la presse ont réagi avec inquiétude. Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a qualifié cette initiative de « signal nouveau et préoccupant pour la liberté de la presse ». Il a rappelé avec fermeté : « Les journalistes ne sont pas des soldats et ne doivent pas être instrumentalisés comme outils de propagande guerrière, déguisés en militaires et armés jusqu’aux dents ».

Un contexte politique marqué par la radicalisation

Cette obligation s’inscrit dans une stratégie plus large orchestrée par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022. Son ambition affichée ? Restaurée la souveraineté du Burkina Faso, tout en adoptant une posture résolument anti-occidentale. Il est à noter que cette mesure n’est pas isolée : une formation militaire similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux élèves du secondaire préparant leurs examens de fin d’études.

Cette militarisation forcée des médias s’ajoute à un climat déjà tendu. Plusieurs organes de presse ont été suspendus brutalement par les autorités de transition. Par ailleurs, des défenseurs des droits humains alertent sur le sort de dizaines de journalistes considérés comme critiques envers la junte, certains ayant été contraints de rejoindre les rangs des forces combattantes. L’affaire du journaliste Serge Oulon, détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre cette escalade de tensions.