Un 19ᵉ rang africain qui sonne comme un électrochoc pour le tourisme béninois
Avec une modeste 19ᵉ place au classement africain du développement touristique établi par le Forum économique mondial, le Bénin affronte un constat sans appel : son potentiel historique et mémoriel ne suffit pas encore à séduire les voyageurs. Entre lacunes en infrastructures, chaîne de valeur désorganisée et concurrence des géants du secteur en Afrique, le pays se retrouve à un carrefour décisif. Pourtant, c’est précisément cette position médiane qui pourrait devenir un tremplin, à condition de transformer radicalement son approche.
600 Milliards de FCFA injectés : un investissement historique aux retombées immédiates
Pour inverser la tendance, le gouvernement béninois a dégagé une enveloppe colossale de 600 milliards de francs CFA, entièrement dédiée à la refonte du secteur touristique d’ici 2027. Une somme colossale qui vise à combler les failles identifiées par les experts internationaux, tout en valorisant les atouts uniques du pays.
Trois axes stratégiques pour une transformation en profondeur
Cette manne financière doit servir un plan d’action précis, structuré autour de trois piliers incontournables :
- Patrimoine et culture : Modernisation et gestion des musées emblématiques, dont le Musée des Rois et des Amazones à Abomey, le Musée de la Mémoire et de l’Esclavage à Ouidah, et le futur Musée d’Art de Cotonou. L’objectif ? Créer des expériences immersives capables de rivaliser avec les destinations phares du continent.
- Infrastructures et accessibilité : Réhabilitation des sites touristiques majeurs, comme la cité lacustre de Ganvié ou la Route des Esclaves. Aménagement des routes, développement des transports locaux et amélioration de la connectivité sont au cœur des priorités pour faciliter l’accès aux joyaux méconnus du pays.
- Formation et professionnalisation : Renforcement des compétences des acteurs locaux, de la gestion hôtelière aux guides touristiques, en passant par les artisans et les restaurateurs. L’enjeu ? Garantir une qualité de service irréprochable pour fidéliser les visiteurs et encourager le bouche-à-oreille positif.
Le tourisme, nouveau moteur économique : un pari sur 2030
Derrière cette mobilisation sans précédent se cache une ambition claire : faire du tourisme le deuxième pilier de l’économie béninoise, avec une contribution estimée à 13 % du PIB d’ici 2030. Un objectif ambitieux qui repose sur la transformation du classement africain en opportunité, et non plus en handicap.
Un secteur encore fragile, mais porteur d’espoirs concrets
Si le Bénin mise gros sur cette stratégie, les défis restent nombreux. La dépendance aux aléas climatiques, la concurrence régionale (Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana) ou encore la nécessité de stabiliser un écosystème touristique encore fragmenté nécessitent une exécution rigoureuse. Pourtant, les retombées attendues sont significatives : création d’emplois, dynamisation des zones rurales, et surtout, une reconnaissance internationale du pays comme destination incontournable en Afrique de l’Ouest.
Pourquoi ce pari pourrait-il réussir ?
Plusieurs facteurs jouent en faveur du Bénin. D’abord, une offre touristique unique, mêlant histoire, culture et nature, encore peu exploitée. Ensuite, une volonté politique affichée, avec des investissements ciblés et une vision à long terme. Enfin, un contexte régional favorable, avec une demande touristique africaine en forte croissance et une volonté croissante de voyager « chez soi ».
Reste à savoir si 600 milliards de FCFA suffiront à combler l’écart avec les leaders du continent. Une chose est sûre : le Bénin n’a plus le choix. Soit il accélère sa mutation, soit il reste prisonnier d’un classement qui ne reflète pas son potentiel.