29 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Africa Corps : la nouvelle force russe qui redessine l’équilibre au Sahel

Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)

Africa Corps : la nouvelle force russe qui redessine l’équilibre au Sahel

Cette milice paramilitaire, héritière des réseaux Wagner, étend son influence au Mali après la perte de Kidal. Une présence qui façonne l’avenir géopolitique de la région.

Le week-end dernier, le Mali a vécu l’une des journées les plus critiques de son histoire récente. Des attaques simultanées, menées par des groupes armés djihadistes alliés à des rebelles touaregs, ont ciblé plusieurs positions stratégiques de la junte militaire à Bamako et dans d’autres villes majeures. Le bilan est lourd : le ministre de la Défense a trouvé la mort lors de l’assaut contre sa résidence.

Dans l’est du pays, la ville de Kidal, symbole de la présence de l’Africa Corps depuis des années, a été reprise par les rebelles après de violents affrontements. La milice russe, contrainte de se retirer, a finalement évacué la zone sous escorte, marquant un tournant dans l’équilibre des forces au Sahel.

Considérée comme l’un des instruments les plus discrets de la stratégie militaire russe en Afrique, l’Africa Corps a vu le jour en 2023. Son existence a été révélée publiquement via Telegram par le blogueur militaire Deux Majors, qui citait des déclarations d’Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du Kremlin. La milice serait directement placée sous l’autorité du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov.

Un héritage controversé

L’émergence de l’Africa Corps s’inscrit dans un contexte de déclin du groupe Wagner, dont les deux fondateurs emblématiques, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans des circonstances troubles en août 2023. Prigojine, longtemps considéré comme un proche de Vladimir Poutine, avait tenté une rébellion armée contre Moscou avant sa mort.

Contrairement à Wagner, souvent pointé du doigt pour ses exactions, l’Africa Corps mise sur une approche plus discrète et centralisée. Une source gouvernementale américaine avait d’ailleurs révélé en 2023 que cette milice était conçue pour absorber les activités de Wagner en Afrique et en reprendre le personnel. Sous supervision directe du Kremlin, elle incarne une nouvelle phase de l’influence russe sur le continent.

Des objectifs géopolitiques ambitieux

Dès sa création, l’Africa Corps a affiché ses ambitions : mener des opérations militaires d’envergure pour aider les États africains à rompre avec la dépendance néocoloniale, expulser les influences occidentales et consolider leur souveraineté. Igor Korotchenko, figure clé de ce projet, a détaillé cette vision lors de son annonce.

Moins médiatisée que son prédécesseur, la milice privilégie les partenariats avec les gouvernements locaux, leur offrant soldats et équipements militaires. Son réseau s’étend progressivement au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger, consolidant ainsi une présence durable au Sahel.

Le Mali, un théâtre stratégique

À partir de 2024, l’Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs chefs wagnériens ont rallié ses rangs avec une partie de leurs troupes, renforçant ainsi son ancrage dans le pays. Son rôle ? Soutenir la junte de Bamako face à la rébellion touarègue, tout en étendant l’influence de Moscou dans une région où les puissances occidentales se retirent progressivement.

Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large : sécuriser les routes migratoires et contrôler les ressources minières, tout en pesant sur les équilibres politiques locaux. Malgré une implication moins violente que celle de Wagner, l’Africa Corps n’est pas épargnée par les critiques internationales. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations généralisées des droits humains » et d’exploitation des ressources naturelles à des fins lucratives.