Le Bénin s’apprête à jouer un rôle clé dans une lutte médiatique internationale. Claudy Siar, chargé de mission du président béninois Romuald Wadagni, a lancé une offensive inédite pour obtenir le retrait de la chaîne française CNews des bouquets proposés par Canal+ dans le pays. Une initiative qui plonge au cœur des tensions entre liberté d’expression et devoir de protection des citoyens contre les discours haineux.
Derrière l’annonce : les coulisses d’une décision controversée
Cette démarche, qui secoue actuellement les sphères politiques et médiatiques béninoises, s’appuie sur des mois d’observation et de frustration. Claudy Siar, personnalité médiatique reconnue, n’a pas hésité à qualifier CNews de « machine à stigmatiser les Africains ». Son argumentaire repose sur l’accumulation de propos jugés insultants, dénigrants et systématiquement ciblés contre les populations africaines. « Chaque heure de diffusion est une atteinte à la dignité de nos frères et sœurs du continent », déclare-t-il, avec une conviction teintée d’urgence.
Pour l’entourage du président, cette position reflète une volonté politique claire : le Bénin ne peut plus fermer les yeux sur des contenus qu’il considère comme une menace pour la cohésion sociale et l’image de l’Afrique.
Pourquoi le rôle de Canal+ et de la HAAC est-il central ?
La bataille engagée par Claudy Siar se concentre sur deux acteurs majeurs : d’une part, Canal+ au Bénin, qui distribue les chaînes internationales sur le territoire ; d’autre part, la HAAC, l’autorité béninoise chargée de réguler les médias. Une rencontre entre le responsable et le président de la HAAC, Édouard Loko, était prévue pour acter les premières étapes de cette action. L’objectif ? Évaluer la marge de manœuvre juridique et technique pour exclure CNews des offres disponibles.
Cependant, la situation est complexe. Une simple demande adressée à Canal+ ne constitue pas une interdiction administrative. La HAAC devra trancher sur la légitimité d’une telle mesure, en s’appuyant sur les cadres légaux béninois et les principes de proportionnalité. « Nous devons agir sans confondre précipitation et justice », précise-t-on dans les coulisses du gouvernement.
Les précédents français : une épée de Damoclès pour CNews
Cette initiative béninoise s’inscrit dans un contexte international où CNews est déjà sous surveillance. En France, l’Arcom a infligé à la chaîne deux amendes respectives de 20 000 et 60 000 euros en 2024 pour des manquements liés à des propos discriminatoires. Ces sanctions, bien que ciblées sur des émissions précises, alimentent l’argumentaire de Claudy Siar : « Si CNews est capable de produire de tels contenus en France, pourquoi les diffuserait-elle impunément au Bénin ? »
Cette question soulève un dilemme : doit-on appliquer des standards locaux plus stricts que ceux en vigueur en Europe ? Ou risque-t-on, en censurant, de nuire à la liberté d’informer, même sous une forme contestable ?
La dignité africaine au cœur du débat
Au-delà des aspects juridiques, l’affaire soulève une dimension éthique et identitaire. Pour Claudy Siar, le combat dépasse le cadre médiatique : il s’agit de « protéger l’honneur des Africains ». Son discours s’appuie sur une réalité tangible : les Belges, les Français ou les Canadiens ne subissent pas, au quotidien, des représentations médiatiques aussi dégradantes que celles réservées aux Africains dans certains programmes internationaux.
Cette perspective a trouvé un écho immédiat auprès d’une partie de l’opinion publique béninoise. Des associations et des personnalités de la société civile ont salué cette initiative, la qualifiant de « nécessaire pour briser le plafond de verre des stéréotypes ». D’autres, en revanche, y voient une atteinte à la liberté d’expression, un principe sacré qui ne devrait souffrir aucune restriction arbitraire.
Que réserve l’avenir ? Entre espoirs et obstacles
À ce jour, aucune décision officielle n’a été prise. Canal+ n’a pas encore réagi publiquement, et la HAAC n’a pas communiqué sur une éventuelle procédure de retrait. Pourtant, l’affaire prend une dimension symbolique : elle pourrait marquer un tournant dans la régulation des médias étrangers en Afrique.
Plusieurs scénarios se dessinent. Le premier serait un retrait négocié de CNews, sous la pression des autorités béninoises. Un second envisagerait une adaptation des contenus, avec des émissions moins polémiques. Enfin, un troisième scénario, plus radical, verrait l’État béninois légiférer pour encadrer strictement la diffusion de chaînes étrangères jugées discriminatoires.
Quelle que soit l’issue, une chose est sûre : cette affaire a déjà révélé un clivage profond entre ceux qui défendent une approche offensive contre les discours de haine et ceux qui craignent les dérives d’une censure déguisée. Une seule certitude : le débat est loin d’être clos.