Le 15 mai 2026, un incident sexiste a éclaté à l’Assemblée nationale de la RDC, provoquant une vague d’indignation. Une vidéo devenue virale montre la députée Micheline Mpundu quittant le perchoir après sa motion d’information, tandis que le deuxième vice-président Christophe Mboso, qui présidait la séance, commente publiquement son physique : « Merci collègue, elle est très belle… hein. »
Poursuivant en lingala, il lance : « Regardez-la par vous-mêmes » et mime les formes de l’élue en riant, sous les applaudissements nourris de l’hémicycle. La séance s’est poursuivie sans réaction formelle. Ce n’est qu’après les pressions de figures politiques et d’activistes des droits humains que Mboso a présenté des excuses, sans qu’aucune sanction ne soit prononcée.
Cet événement soulève une question récurrente : pourquoi les parlements africains, et congolais en particulier, restent-ils des espaces hostiles aux femmes élues ? Les recherches en science politique montrent qu’il ne s’agit pas d’un simple écart de conduite, mais d’un problème structurel profondément ancré.
Un phénomène qui dépasse les frontières de la RDC
Les violences parlementaires envers les femmes ne sont pas propres à la République démocratique du Congo. D’autres cas ont été documentés ailleurs en Afrique. Par exemple, en 2022, la députée sénégalaise Amy Ndiaye, enceinte, a été giflée et frappée au ventre en plein hémicycle. En 2025, la sénatrice nigériane Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue pour avoir dénoncé un harcèlement sexuel de la part du président du Sénat. Ces faits montrent que si les assemblées tolèrent la parole des femmes, leur dignité reste bafouée.
Des précédents en RDC
L’affaire Mboso n’est pas isolée. En avril 2020, l’ancien président du Sénat Thambwe Mwamba a publiquement rabaissé la sénatrice Bijoux Ngoya en séance, l’accusant d’avoir sollicité son appui de manière inappropriée. En juillet 2021, le député Nsingi Pululu a interrompu Christelle Vuanga en disant « Vous êtes une femme », réduisant son intervention à son genre. Ces incidents révèlent une culture institutionnelle misogyne.
La RDC a ratifié de nombreuses conventions et adopté des lois contre les violences faites aux femmes. Pourtant, dans l’hémicycle, rien ne change. L’écart entre les textes et la pratique est flagrant. Les élues continuent d’être jugées sur leur apparence, leur situation matrimoniale ou leur conformité aux rôles traditionnels, plutôt que sur leurs compétences politiques.
Une impunité qui freine la démocratie
Les applaudissements entendus lors de l’intervention de Mboso montrent que le problème est systémique. Comme l’analysent plusieurs travaux sur la violence politique, les gestes, les mots et les rires suffisent à rappeler aux femmes qu’elles sont d’abord des corps avant d’être des législatrices. Cette « colonialité du genre », héritée de l’histoire, naturalise la hiérarchie entre les sexes au sein des institutions.
En 2026, la députée Mpundu a été réduite à son physique, comme si sa parole politique n’avait pas d’importance. Simone de Beauvoir notait déjà en 1949 que les femmes sont définies comme « les autres » : cette altérité persiste au Parlement congolais. Avec seulement 65 femmes sur 477 députés (13 %), alors qu’elles représentent près de 51 % de la population, l’absence de sanction envoie un signal désastreux.
D’autres parlements ont montré qu’il est possible de changer les choses grâce à des sanctions concrètes et une protection des victimes. La RDC dispose de belles lois, mais leur mise en œuvre reste un vœu pieux. Ne pas avoir sanctionné M. Mboso décourage les femmes qui aspirent à une carrière politique. Le silence n’est plus une option : il faut transformer les engagements en actes.
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