4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Quel avenir pour le modèle démocratique au sein de l’AES ?

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger font régulièrement la une de l’actualité internationale. Ces trois nations, aujourd’hui sous direction militaire après des coups de force survenus entre 2020 et 2023, partagent un défi majeur : l’éradication du terrorisme. Sur un territoire vaste de 2,8 millions de kilomètres carrés, des groupes armés mènent des offensives récurrentes, déstabilisant profondément la région.

Pour justifier leur prise de pouvoir, les autorités militaires mettent systématiquement en avant l’impératif sécuritaire. L’expansion du djihadisme a provoqué une instabilité telle qu’elle a précipité la chute des gouvernements civils précédents. Face à l’impuissance des régimes déchus à garantir leur sécurité, une partie des populations a initialement perçu ces interventions de l’armée comme un remède immédiat aux crises persistantes.

Cependant, alors que les phases de transition s’éternisent, le doute s’installe chez les citoyens de l’AES (Alliance des États du Sahel). La volonté réelle des militaires de rétablir l’ordre constitutionnel et l’état de droit suscite des interrogations, d’autant que le concept même de démocratie libérale est désormais ouvertement critiqué par les dirigeants actuels.

Au Mali, les récentes assises nationales pilotées par les militaires ont abouti à des recommandations radicales : la suppression des partis et associations politiques, ainsi que le maintien du général Assimi Goïta à la tête de l’État pour une durée de cinq ans renouvelable. Assimi Goïta, dont la légitimité repose sur un soutien populaire proclamé mais difficile à évaluer dans un contexte de restriction des libertés, consolide ainsi son autorité.

 Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani, Ibrahim Traoré

Vers une redéfinition de l’identité politique sahélienne

Le constat est identique au Niger et au Burkina Faso. À Bamako, comme à Niamey ou Ouagadougou, les dialogues nationaux ont été largement délaissés par les formations politiques traditionnelles. Pourtant, la vitalité démocratique repose sur l’existence de contre-pouvoirs. Si chaque nation doit bâtir son système en fonction de ses spécificités historiques, la tendance actuelle au Sahel est au rejet des structures héritées de l’époque coloniale.

Cette volonté de rupture avec le passé se manifeste par une remise en cause des acquis des conférences nationales des années 1990. Ces dernières avaient pourtant jeté les bases de l’alternance politique et de la primauté du droit en Afrique. Aujourd’hui, les putschistes semblent vouloir tracer une voie différente, privilégiant une souveraineté affranchie des standards extérieurs.

Selon Soma Abdoulaye, professeur de droit à l’université de Ouagadougou, la problématique ne réside pas tant dans les textes institutionnels que dans le manque de culture démocratique de certains dirigeants. Cette analyse souligne le décalage entre les aspirations théoriques et la réalité de l’exercice du pouvoir.

La souveraineté au détriment du pluralisme ?

Le débat sur la pertinence de la démocratie dite occidentale est omniprésent. Les autorités de transition sont souvent accusées de manipuler l’opinion pour pérenniser leur contrôle sur l’État, reléguant le processus de démocratisation au second plan. Historiquement, le Mali avait pourtant connu une alternance exemplaire en 1992 avec Alpha Oumar Konaré, avant de sombrer dans une instabilité chronique à partir de 2012.

Au Niger, l’espoir né du multipartisme dans les années 1990 a été douché par des crises institutionnelles répétées, favorisant le retour régulier de l’armée. Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, la société nigérienne est profondément divisée sur la perception du régime démocratique.

Parallèlement, la Cédéao et la communauté internationale tentent d’imposer un retour à l’ordre constitutionnel via des sanctions économiques. Cependant, ces mesures sont perçues par une partie des Sahéliens comme une ingérence étrangère. Pour les pays de l’AES, qui ont quitté l’organisation régionale, l’enjeu principal est désormais l’autonomie totale.

Le capitaine Ibrahim Traoré, figure de proue du Burkina Faso, illustre cette posture en remettant en cause l’efficacité même de la démocratie pour le développement. Un point de vue contesté par des observateurs comme François Akila-Esso Boko, ancien ministre togolais, qui rappelle que les régimes autoritaires n’ont pas fait la preuve de leur supériorité économique.

La Guinée : une trajectoire parallèle

Hors de l’AES, la Guinée suit un chemin similaire depuis le putsch de Mamadi Doumbouya en septembre 2021. Le pouvoir militaire y a entrepris une restructuration profonde de l’espace politique, entraînant l’interdiction de plus de cinquante partis jugés non conformes par l’administration.

Conakry prévoit toutefois l’organisation d’un référendum constitutionnel pour septembre, présenté comme un premier pas vers un retour à la vie civile. Néanmoins, à l’instar de ses voisins du Sahel, la junte guinéenne fait face à de nombreuses critiques concernant la répression des voix dissidentes et la restriction de la liberté de la presse.