28 avril 2026

Disparitions forcées et dictature militaire en afrique de l’ouest

Disparitions forcées : un outil de terreur des juntes militaires en afrique de l’ouest

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, les régimes militaires au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger instrumentalisent les disparitions forcées et les détentions arbitraires pour étouffer toute opposition. Selon les dernières investigations d’organisations de défense des droits humains, cette stratégie répressive s’intensifie, plongeant les militants, journalistes et défenseurs des libertés dans un climat de peur permanent.

En Guinée, deux figures majeures du Front National pour la Défense de la Constitution, Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla (surnommé « Foniké Menguè »), ont été enlevés le 8 juillet 2024 à leur domicile, la veille d’une mobilisation populaire contre la hausse des prix et pour un retour à l’ordre démocratique. D’après Mohamed Cissé, un autre militant arrêté avec eux et libéré deux jours plus tard avec des blessures graves, ils auraient été emmenés vers les îles de Loos, près de Conakry, un lieu de détention connu pour son opacité. Les autorités démentent toute implication, laissant leur sort dans le flou.

Des enlèvements systématiques pour museler la société civile

Les forces de sécurité des juntes militaires ciblent méthodiquement les membres de la société civile perçus comme des menaces. Journalistes, avocats, activistes et magistrats sont raflés dans la rue, chez eux ou sur leur lieu de travail, souvent transportés dans des véhicules banalisés après avoir été aveuglés. Ces pratiques, illégales et arbitraires, se déroulent hors de tout cadre judiciaire : aucun mandat, aucune explication, aucun contact avec les familles.

Les victimes disparaissent dans des centres de détention clandestins, comme des locaux des services de sécurité ou des zones isolées. Cette stratégie vise moins à obtenir des aveux qu’à instiller la terreur. Comme le soulignait un témoin : « Dans ce parcours hors de tout contrôle, le pire peut arriver aux victimes. » La peur devient alors l’arme principale des autorités pour dissuader toute contestation.

La liste noire des victimes s’allonge sans relâche

Les exemples de disparitions et détentions illégales se multiplient dans la région. Au Burkina Faso, l’avocat Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement Balai Citoyen et coordinateur du parti Sens, a subi cinq mois de détention arbitraire en 2024. En mars 2025, cinq autres membres du bureau de Sens, ayant dénoncé des exactions contre des civils, ont été enlevés par des hommes en civil se faisant passer pour des militaires. Malgré les pressions, les autorités restent silencieuses.

Quatre journalistes burkinabè – Serge Oulon, Adama Bayala, Kalifara Séré et Alain Traoré (« Alain Alain ») – ont été enlevés entre juin et juillet 2024. En octobre 2024, trois d’entre eux ont été « mobilisés » de force dans l’armée via un décret controversé, tandis que le sort du quatrième reste inconnu. Au Niger, la journaliste Samira Sabou a disparu une semaine après son arrestation en septembre 2023, et Moussa Tchangari, secrétaire général de l’ONG Alternatives Espaces Citoyens, n’a été localisé par ses avocats que deux jours après son enlèvement.

Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, président d’un parti d’opposition, a été kidnappé en décembre 2024 par des agents présumés des services secrets et libéré 45 jours plus tard. En Guinée, le journaliste Habib Marouane Camara a été enlevé par des gendarmes présumés le 3 décembre 2024, sans que sa famille n’ait de nouvelles depuis.

illustration d’une personne détenue dans l’ombre

Quand la justice résiste à l’arbitraire militaire

Face à cette machine répressive, certains acteurs judiciaires tentent de faire obstacle. Au Burkina Faso, des magistrats ont ordonné la libération immédiate de Guy Hervé Kam en juillet 2024. Le barreau de Guinée a boycotté les audiences pendant plusieurs jours pour exiger la libération d’Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah. Des tribunaux du Mali et du Niger ont également dénoncé des détentions illégales, au risque de subir des représailles. Cinq magistrats burkinabè ont ainsi été « mobilisés » de force dans l’armée après avoir statué contre les autorités.

Ces actes de résistance, bien que courageux, restent isolés. Les autorités militaires, elles, continuent de contourner la loi en transférant les détenus aux forces de police pour des procédures judiciaires bidons. Pire, certaines victimes sont enrôlées de force dans l’armée, comme les journalistes Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, ou encore Luc Pagbelguem, après avoir dénoncé la répression médiatique. Leurs familles n’ont eu des nouvelles qu’après la diffusion d’une vidéo les montrant en tenue militaire.

Pour Amnesty International, la communauté internationale doit soutenir davantage les systèmes judiciaires de ces pays. « La justice doit continuer à jouer son rôle pour enquêter sur les disparitions forcées et mettre fin à ces pratiques. » Sans cela, l’État de droit risque de s’effondrer, et le nombre de disparus de continuer à croître.

« Les disparitions forcées et détentions arbitraires s’achèvent souvent par une parodie de justice, où les victimes sont traînées devant des tribunaux aux ordres. »

Face à l’impunité généralisée, la mobilisation internationale et la pression sur les juntes militaires s’imposent comme les seuls remparts contre ce déni de libertés fondamentales.