Une mutinerie militaire vite maîtrisée à Cotonou
Le dimanche 7 décembre 2025 restera comme une journée de tension extrême pour le Bénin. Vers l’aube, une poignée de soldats mutinés a tenté de renverser le président Patrice Talon en s’emparant temporairement de la télévision nationale, la SRTB, à Cotonou. Leur objectif ? Annoncer la destitution du chef de l’État, alors que celui-ci devait quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats consécutifs. Rapidement, les forces armées et les unités loyales ont repris le contrôle des points stratégiques, mettant fin à cette tentative de putsch en quelques heures seulement.
Selon les sources sécuritaires, les insurgés, épaulés par des éléments extérieurs, avaient d’abord tenté de s’introduire dans la résidence privée du président, située dans le quartier Guézo. Leur assaut a été repoussé, mais l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire de Patrice Talon, a été tuée lors de l’attaque contre son domicile à Abomey-Calavi. Une autre victime collatérale, la fille du général, a également été blessée.
Les forces loyalistes contre-attaquent
Dès les premières détonations, les Forces armées béninoises sont entrées en action. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a souligné leur fidélité républicaine : « Au petit matin, un groupuscule a tenté de déstabiliser l’État. Grâce à leur riposte, la situation est désormais sous contrôle. » Les patrouilles et les hélicoptères ont quadrillé Cotonou, tandis que des unités nigérianes, sollicitées en urgence, ont soutenu la reprise des sites clés, dont la télévision et un camp militaire occupé par les mutins.
Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, figure de cette insurrection avortée, avait proclamé la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions. Dans un message diffusé sur les ondes, il accusait Patrice Talon de privation des droits démocratiques, citant notamment la révision constitutionnelle récente, la limitation des libertés et des exils forcés. Cependant, son « Comité militaire pour la refondation » n’a pas tenu plus de quelques heures.
Réactions internationales et bilan humain
Les ambassades des États-Unis et de la France ont immédiatement alerté leurs ressortissants, évoquant des échanges de tirs intenses dans le quartier présidentiel. Quant aux organisations régionales, elles ont condamné sans réserve cette tentative de coup d’État. L’Union africaine a qualifié l’action de « menace inacceptable » contre l’ordre constitutionnel, tandis que la CEDEAO a ordonné le déploiement d’une force régionale composée de troupes nigérianes, ivoiriennes, ghanéennes et sierra-léonaises pour sécuriser le pays.
Sur le plan humain, le bilan reste lourd : une civile décédée, une blessée, et plusieurs militaires arrêtés, dont des auteurs présumés. Les autorités ont promis une enquête approfondie pour identifier les commanditaires et les éventuels complices civils ou étrangers.
Un contexte politique déjà fragile avant la crise
Cette tentative de putsch survient dans un contexte politique particulièrement tendu au Bénin. À six mois de l’élection présidentielle d’avril 2026, Patrice Talon, ancien homme d’affaires et magnat du coton, achève son second mandat. Bien que la Constitution limite les mandats présidentiels à deux, une révision constitutionnelle récente a créé un Sénat et allongé la durée des mandats à sept ans, alimentant les critiques de l’opposition et de la société civile.
Le pouvoir en place, mené par le Bloc républicain (BR) et l’UP-R, a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances, Romuald Wadagni. Cependant, l’élimination du principal candidat de l’opposition, Les Démocrates, et les tensions autour de la réforme constitutionnelle ont exacerbé les divisions. Par ailleurs, le nord du pays subit des attaques djihadistes régulières, avec la mort de 54 soldats en avril 2025.
Face à cette instabilité, les Béninois s’interrogent : cette tentative de coup d’État est-elle le signe d’un malaise plus profond au sein de l’armée ou du paysage politique ? Les griefs des mutins, liés à une gouvernance jugée excluante et à des réformes controversées, pourraient révéler des fractures bien plus larges.
Le Bénin, dernier rempart démocratique de l’Afrique de l’Ouest ?
Alors que plusieurs pays de la région – Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée – ont basculé sous des juntes militaires ces dernières années, le Bénin s’était jusqu’alors distingué comme un îlot de stabilité. Cette tentative avortée rappelle cruellement que la démocratie béninoise n’est pas à l’abri des bouleversements politiques. Les autorités appellent désormais à la vigilance et au retour à la normale, mais le doute plane : cette crise est-elle vraiment terminée ?
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