Pacte de convergence UEMOA : les dessous d’un pari risqué signé par Ouattara

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Quand Alassane Ouattara paraphe le nouveau pacte de convergence de l’UEMOA en octobre 2026, personne ne s’y trompe : derrière le geste public se cache une équation bien plus complexe. Ce texte, censé corriger des années de dérives budgétaires dans la zone franc, engage en réalité la Côte d’Ivoire — première économie régionale — dans une course contre la montre pour sauver sa crédibilité financière, son endettement et, in fine, la stabilité même du franc CFA.

Pourquoi l’UEMOA a dû revoir son pacte de convergence après le scandale sénégalais

Jusqu’en 2020, les règles du jeu semblaient claires : déficit limité à 3 % du PIB, dette sous 70 %, inflation maîtrisée à 3 %, et zéro retard de paiement. Pourtant, ces critères, inspirés du modèle de Maastricht, n’ont jamais été respectés durablement par aucun membre. La crise sanitaire, la remontée brutale des taux d’intérêt mondiaux, puis surtout l’annonce en 2024 d’une dette sénégalaise bien supérieure aux estimations officielles ont achevé de discréditer le cadre existant. Résultat : des ratios explosifs — 80 % pour Dakar, 60 % pour Abidjan et Lomé — et des taux d’emprunt régionaux dépassant 7 % sur longue échéance. Face à cette défiance des investisseurs, la Commission de l’UEMOA et la BCEAO ont dû concevoir un nouveau pacte, impératif pour éviter l’effondrement de la parité fixe avec l’euro et pour relancer l’échéance — sans cesse reportée — de la monnaie Eco.

Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso : des réalités budgétaires qui divisent la zone

Le choix d’Abidjan n’est pas anodin. Avec une croissance annuelle moyenne de 6 à 7 % sur la dernière décennie, la Côte d’Ivoire incarne la réussite économique de l’UEMOA. En acceptant un durcissement des règles, Ouattara envoie un message fort aux agences de notation et aux institutions comme le FMI, avec lequel le pays a signé un programme de financement de 3,5 milliards de dollars en 2023. Une stratégie pour rassurer, mais aussi pour sécuriser l’accès aux marchés financiers.

Pourtant, les autres États membres ne disposent pas de la même marge de manœuvre. Le Sénégal, contraint de reconnaître une dette bien plus lourde que prévu, a vu son accord avec le FMI suspendu en 2024. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en première ligne face à l’insécurité sahélienne et à leur exclusion partielle de la CEDEAO, allouent des ressources colossales à leur défense, au détriment de leurs équilibres budgétaires. Le Bénin et le Togo, mieux notés, naviguent entre prudence et nécessité de financement. Quant à la Guinée-Bissau, elle reste sous perfusion d’un programme d’ajustement structurel.

La BCEAO face à son moment de vérité : entre discipline et financement des États

Au-delà des chiffres, la vraie épreuve concerne la capacité de l’UEMOA à faire respecter ses propres règles. Le précédent pacte prévoyait des revues semestrielles et des avertissements… souvent ignorés. La signature ivoirienne change la donne : comment les autres capitales pourraient-elles désormais s’affranchir des disciplines sans risquer un isolement diplomatique et financier ?

La BCEAO, basée à Dakar, se retrouve en première ligne. L’institution doit concilier deux impératifs contradictoires : préserver ses réserves de change, tombées à cinq mois d’importations en 2024, et continuer à financer les États via le marché des titres publics. Un cadre de convergence robuste lui offrirait une bouffée d’oxygène, après plusieurs hausses de son taux directeur depuis 2022. Le test décisif interviendra avec les premières revues conjointes avec la Commission, attendues dans les mois à venir. À ces capitales de transformer les promesses en lois de finances conformes… sous peine de voir la zone basculer dans une crise irréversible.

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