29 septembre 2026

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Niger : le discours souverainiste de l’ONU cache-t-il un effondrement économique irréversible ?

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À l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a une nouvelle fois brandi l’étendard de la souveraineté économique face à la communauté internationale. Sous les applaudissements protocolaires, il a dénoncé le néocolonialisme et promis une réappropriation totale des ressources du pays. Pourtant, derrière les discours enflammés, la situation des deux géants industriels nigériens — la SOMAÏR et la SONIDEP — révèle un fiasco économique sans précédent, dont le coût réel pèse déjà sur les épaules des citoyens. Entre effondrement de la production d’uranium et gouffre financier dans le pétrole, le nationalisme affiché par la junte de Niamey dissimule-t-il une gestion calamiteuse ou un désastre annoncé ?

Un mirage industriel : la SOMAÏR, ou l’art de saboter son propre trésor

À Arlit, cœur historique de l’extraction d’uranium nigérien, le discours souverainiste a pris une tournure amère. Depuis que le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a repris le contrôle opérationnel de la SOMAÏR en écartant Orano, les promesses de richesse retrouvée se sont muées en catastrophe industrielle. Avec une chute de 80 % de la production depuis 2023, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • Des chaînes logistiques paralysées : Les réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, n’arrivent plus. Les frontières fermées et les sanctions régionales bloquent les approvisionnements, réduisant les sites miniers à l’état de coquilles vides.
  • Des stocks invendables : Des milliers de tonnes de yellowcake s’accumulent sans certifications d’exportation, faute de réseaux commerciaux fonctionnels. Résultat ? Zéro revenu pour l’État, alors que les contrats signés devaient financer écoles et hôpitaux.
  • Un social en lambeaux : Les sous-traitants locaux, abandonnés sans paiement, licencient en cascade. Les foyers dépendants des salaires miniers sombrent dans la précarité, tandis que Niamey vante une indépendance qui n’existe que sur le papier.

Changer les statuts d’une entreprise ne remplace pas l’expertise technique ni la rigueur industrielle.

SONIDEP : le pétrole nigérien, ou le trou noir de 25 milliards de FCFA

Si la SOMAÏR incarne la débâcle minière, la SONIDEP, société nationale en charge du pétrole, illustre l’illusion d’une souveraineté énergétique. Propulsée comme le fleuron de la nouvelle stratégie pétrolière via le pipeline vers le Bénin, elle devait être la vache à lait du régime. Pourtant, les bilans internes révèlent un déficit abyssal de plus de 25 milliards de francs CFA — un gouffre qui sonne comme un aveu d’échec.

Comment expliquer ce fiasco ? Plusieurs pistes se dégagent :

  • Une gestion opaque : Absence de bilans certifiés, contrats opaques signés en catimini, et une absence totale de transparence sur les coûts réels d’exploitation. L’argent du pétrole semble s’évaporer avant même d’atteindre les caisses de l’État.
  • Des intermédiaires fantômes : Des intermédiaires improvisés, souvent liés à des circuits informels, auraient prélevé leur commission sur des ventes jamais finalisées. Résultat : le Nigeria et le Bénin, partenaires commerciaux, exigent des garanties financières que Niamey peine à fournir.
  • Un pipeline sous-utilisé : Le nouvel oléoduc vers le Bénin, présenté comme un symbole de souveraineté retrouvée, ne transporte que des volumes dérisoires. Les quotas d’exportation ne sont pas atteints, et les pénalités contractuelles s’accumulent.

La souveraineté, un alibi pour une gestion désastreuse ?

Face à ce constat accablant, le régime du général Tiani et de Lamine Zeine préfère désigner des boucs émissaires : la CEDEAO, les sanctions internationales, ou encore les responsables des précédents gouvernements. Pourtant, les questions qui fâchent restent sans réponse :

  • Où sont les rapports d’audit promis après le coup d’État de juillet 2023 pour évaluer la santé financière des entreprises publiques ?
  • Comment expliquer que des contrats juteux (uranium, pétrole) soient négociés sans appel d’offres, au profit de cercles restreints ?
  • Pourquoi le Trésor public, assoiffé de liquidités, ne perçoit-il aucune recette significative de ces deux piliers industriels ?

La souveraineté n’est pas un mot d’ordre, mais la capacité d’un État à produire, à distribuer et à redistribuer la richesse. En transformant des joyaux nationaux en coquilles vides, le CNSP a transformé la fierté patriotique en farce économique. Le peuple nigérien, lui, ne réclame ni discours à l’ONU, ni drapeau sur des usines à l’abandon — il veut du pain, des emplois et des infrastructures.

Souveraineté économique : la junte nigérienne est-elle en train de couler son propre navire ?

L’histoire regorge d’exemples où le nationalisme économique a servi de paravent à l’incompétence. Le Niger en offre aujourd’hui un cas d’école : deux géants publics, la SOMAÏR et la SONIDEP, symbolisent l’échec d’un modèle où les slogans remplacent les bilans, et où la rhétorique étouffe la réalité.

Le drame ? Les Nigériens paient déjà le prix fort. Entre chômage massif dans les zones minières, pénuries de carburant chroniques et stagnation des recettes publiques, l’illusion souverainiste coûte cher — bien plus que les 25 milliards de FCFA engloutis par la SONIDEP.

Alors que la junte de Niamey prépare son prochain coup de communication à l’international, une question s’impose avec urgence : combien de temps encore les Nigériens accepteront-ils de financer un rêve éveillé ?

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