15 septembre 2026

Voix Panafricaine

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Niger : 334 milliards FCFA d’arriérés fiscaux, la déroute d’un État face aux poids lourds de l’économie

Un manque à gagner colossal qui met à nu les failles de l’administration fiscale

Au Niger, la chasse aux petits contribuables du secteur informel se poursuit avec une rigueur implacable. Pourtant, dans les hautes sphères de l’économie, les véritables colosses financiers semblent bénéficier d’une indulgence troublante. Un rapport conjoint de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et du ministère nigérien de l’Économie et des Finances révèle un passif fiscal de 334 milliards de FCFA. Ce chiffre vertigineux ne relève pas d’un simple dysfonctionnement administratif : il traduit une capitulation institutionnelle face aux intérêts privés les plus puissants et une passivité coupable du régime de Tiani.

Quand les petits commerçants trinquent et que les grands groupes s’en sortent indemnes

La distorsion est flagrante. D’un côté, des petites et moyennes entreprises sont contraintes de fermer boutique ou subissent des redressements expéditifs pour des montants modestes. De l’autre, les grandes entités jouissent d’une clémence qui confine au scandale. Cette asymétrie brutale démontre l’échec de l’autorité publique dès qu’il s’agit de s’attaquer aux intérêts financiers majeurs.

  • Les opérateurs télécoms : Des géants comme Airtel Niger ou Zamani Telecom, successeur d’Orange Niger, accumulent des contentieux fiscaux de plusieurs dizaines de milliards de FCFA (plus de 30 milliards) à la suite d’audits de la Direction générale des impôts. Pourtant, des arrangements à l’amiable opaques aboutissent presque systématiquement à l’effacement ou à la réduction drastique des pénalités dues au Trésor public.
  • Le secteur minier et extractif : Pendant des décennies, l’exploitation de l’uranium par la Sopamin et les filiales d’Orano (ex-Areva) a bénéficié d’exonérations fiscales excessives, creusant un manque à gagner abyssal au nom de la préservation des investissements stratégiques.
  • Les grands groupes du BTP et du commerce international : Plusieurs multinationales et consortiums attributaires de marchés publics affichent dans leurs bilans des créances fiscales non purgées de plusieurs dizaines de milliards de FCFA, sans qu’aucune saisie ni suspension de contrat ne soit réellement appliquée.

Un discours de souveraineté qui masque une faillite de l’autorité

Récupérer ne serait-ce qu’une fraction mobilisable de ces arriérés injecterait entre 134 et 168 milliards de FCFA dans les caisses de l’État, soit 0,4 à 0,6 point de PIB. L’incapacité à procéder à ces recouvrements signe une véritable faillite de la puissance publique.

L’État nigérien refuse d’appliquer la loi fiscale aux forces économiques qui le défient. Tant que ce deux poids deux mesures perdurera, toute rhétorique sur la souveraineté ou le civisme fiscal restera une imposture destinée à camoufler le pillage des finances publiques par une oligarchie économique.