15 septembre 2026

Voix Panafricaine

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Sifi Grine à Bamako : la junte malienne face au retour en force d’Alger

Une visite qui masque des fractures profondes

Lundi dernier, le Premier ministre algérien Sifi Grine a foulé le sol de Bamako pour une rencontre très suivie avec le général d’armée Assimi Goïta, à la tête de la junte au pouvoir au Mali. Les images de poignées de main et les déclarations d’intention sur la coopération sécuritaire et économique ont été abondamment relayées. Pourtant, derrière cette mise en scène protocolaire, la réalité des relations entre Alger et Bamako reste marquée par des tensions tenaces et une méfiance réciproque.

Le poids des accusations passées

Il y a quelques mois à peine, le climat était à l’affrontement verbal. La junte malienne, dans une posture souverainiste appuyée, reprochait ouvertement à l’Algérie de s’immiscer dans ses affaires intérieures. Parmi les griefs formulés : l’accueil sur le sol algérien de figures de l’opposition malienne, de responsables religieux influents, mais surtout le soutien prêté, selon Bamako, aux groupes rebelles autonomistes du Nord. Alger était alors accusée d’actions hostiles sous couvert de médiation. Cette rhétorique permettait à la junte de détourner l’attention des difficultés sécuritaires et de l’enlisement sur le terrain.

Un rapprochement dicté par les circonstances

La rencontre de ce lundi ressemble moins à une réconciliation sincère qu’à un rapprochement pragmatique. D’un côté, Bamako, après avoir rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels et s’être engagé dans des alliances régionales incertaines, cherche à élargir ses appuis diplomatiques. De l’autre, Alger ne peut se permettre un foyer d’instabilité durable à sa frontière sud, source de trafics et de menaces terroristes. Les deux parties ont donc intérêt à sauver les apparences, sans pour autant effacer les ressentiments accumulés.

L’accord d’Alger, un levier toujours actif

Dans ce jeu d’influence, l’Algérie conserve un atout de taille. Longtemps perçue comme le médiateur incontournable du Sahel, elle a structuré la paix régionale autour de l’Accord d’Alger de 2015. En dénonçant unilatéralement ce cadre au début de l’année 2024, la junte malienne pensait s’affranchir de toute tutelle. Mais l’absence de ce mécanisme n’a pas apporté la paix dans le nord du Mali, ni réduit la menace sécuritaire. En se rendant à Bamako pour réengager le dialogue, Alger démontre que, malgré les soubresauts, elle demeure un acteur central avec lequel il faut compter.

Les impasses d’une diplomatie sous uniforme

Cette visite offre au général Assimi Goïta une bouffée d’oxygène médiatique, mais elle ne résout aucun des problèmes de fond. La junte continue de s’appuyer sur un discours sécuritaire tout en reportant sine die le retour à un ordre constitutionnel démocratique. Sans un engagement réel en faveur de la stabilité politique intérieure et une prise en compte des équilibres régionaux, les promesses échangées lors de cette rencontre risquent de rester lettre morte. Derrière les sourires de circonstance, la relation entre Bamako et Alger demeure un terrain miné, où chaque camp guette l’erreur de l’autre.