Le Maroc a décidé de jouer un jeu dangereux en capitalisant sur la non-renouvellement de la MINURSO pour imposer une nouvelle donne au dossier du Sahara occidental. Rabat mise sur un rapport de force diplomatique pour contourner les mécanismes traditionnels de négociation et redéfinir l’avenir d’un territoire au cœur d’un conflit gelé depuis des décennies.
Derrière cette posture se cache une volonté d’imposer une autonomie sous souveraineté marocaine, sans compromis, comme unique solution acceptable. Une stratégie qui, si elle devait échouer, pourrait bien replonger la région dans une spirale de violence.
Maroc : une politique risquée qui bouscule les équilibres
La décision de Rabat de réévaluer le rôle de la MINURSO et de marginaliser les cadres de négociation existants repose sur un pari audacieux, mais lourd de conséquences. En cherchant à réduire l’influence des acteurs internationaux et à imposer unilatéralement ses propres règles, le Maroc prend le risque d’isoler davantage le Front Polisario.
Cette approche pourrait radicaliser une partie de la population sahraouie, convaincue que seule la lutte armée permettra de faire entendre les revendications légitimes du peuple sahraoui. Après des années d’impasse diplomatique, cette radicalisation ne saurait être sous-estimée.
Les déclarations récentes de Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, illustrent cette volonté de rupture. Lors d’une intervention télévisée, il a présenté le veto russe comme une opportunité de sortir du cycle annuel de la MINURSO, affirmant sans détour que l’autonomie sous souveraineté marocaine devait désormais être le seul cadre des discussions.
Il a également évoqué une refonte en profondeur de l’action onusienne et du rôle de l’envoyé spécial du Secrétaire général, signalant une volonté de déplacer la bataille diplomatique vers l’Assemblée générale des Nations unies pour convertir des soutiens bilatéraux en alliances multilatérales.
Une stratégie ambitieuse, mais dangereuse pour la stabilité régionale
Le Maroc, en cherchant à imposer ses conditions par la force du rapport de force, semble ignorer les risques d’une escalade incontrôlable. En niant la légitimité du Polisario et en refusant tout compromis, Rabat joue avec le feu.
Si la voie diplomatique est verrouillée, la seule issue envisageable pourrait bien être le retour à la guerre. Une reprise des hostilités, si elle devait advenir, risquerait de dépasser le cadre sahraoui pour embraser une région déjà fragilisée par des tensions multiples.
En agissant ainsi, le Maroc mise tout sur une victoire diplomatique totale, sans considérer les conséquences d’un échec. Or, en l’absence de garanties internationales fortes, une escalade militaire deviendrait une option difficilement évitable.