La collaboration militaire entre la Chine et le Gabon entre dans une nouvelle ère, marquée par l’arrivée d’un attaché de défense chinois à Libreville. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de projets d’infrastructures sensibles. L’éventualité d’une base navale à Port-Gentil, la construction de casernes et l’instauration de programmes de formation pour les officiers esquissent les contours d’un partenariat stratégique dont l’ampleur réelle reste discrète. Si plusieurs de ces initiatives sont encore au stade de l’intention, l’influence de Pékin au sein de l’appareil de défense gabonais se consolide progressivement.
L’ancrage historique de la présence militaire chinoise
Au-delà de la récente nomination du nouvel attaché militaire de la République populaire de Chine dans la capitale gabonaise, se dessine une relation bilatérale de défense établie de longue date. Les interactions entre les forces armées des deux nations ne sont pas nouvelles : elles incluent des livraisons d’équipements, la formation d’officiers gabonais en Chine, des visites mutuelles et une coopération technique continue, bien que discrète. Le renouvellement du poste d’attaché de défense s’inscrit dans cette dynamique préexistante, plutôt qu’il ne l’initie.
Pour Pékin, la diplomatie militaire constitue un pilier essentiel de sa politique en Afrique, complétant ses vastes investissements dans les secteurs minier, des infrastructures et des télécommunications. Le Gabon, riche en ressources naturelles et stratégiquement situé sur le golfe de Guinée, s’intègre parfaitement dans cette vision. La coopération sécuritaire y apparaît comme une extension logique d’intérêts économiques déjà solidement ancrés, notamment autour du manganèse, du bois et des hydrocarbures, des atouts cruciaux pour l’actualité Afrique francophone.
Port-Gentil, casernes et formation : les projets au cœur des discussions
Le projet le plus attentivement observé demeure celui d’une potentielle base navale à Port-Gentil, plaque tournante économique et pétrolière du pays, ouverte sur l’océan Atlantique. Une telle installation, si elle se concrétisait, offrirait à la marine chinoise un point d’appui privilégié dans le golfe de Guinée, une zone maritime connue pour ses défis liés à la piraterie, aux trafics illicites et à la sécurisation des voies d’approvisionnement énergétique. Pour l’heure, cette hypothèse demeure à l’état de projet, sans calendrier officiel ni confirmation opérationnelle.
Parallèlement à cette perspective, des pourparlers sont en cours concernant la construction de casernes et de centres d’entraînement dédiés aux forces armées gabonaises. Cette coopération intègre également un volet de lutte contre la piraterie, un domaine où Pékin souhaite affirmer un rôle constructif, en ligne avec la protection de ses navires marchands et de ses ressortissants dans la région. Des échanges réguliers entre les marines des deux pays enrichissent ce dispositif, incluant escales, exercices conjoints et transferts de compétences.
Un partenariat qui interpelle les alliés occidentaux
L’affirmation croissante de la Chine dans le paysage sécuritaire gabonais s’inscrit dans le cadre d’un repositionnement stratégique plus large en Afrique centrale. Depuis la transition politique d’août 2023, Libreville s’engage dans une diversification de ses partenariats et revendique une plus grande autonomie décisionnelle, y compris en matière de défense. Ce mouvement ne signifie pas un rejet de Paris, historiquement présent via une base militaire réorganisée, mais il ouvre la voie à d’autres acteurs, qu’ils soient chinois, turcs ou russes, renforçant l’idée d’une Afrique souveraine.
L’établissement éventuel d’une facilité navale chinoise sur le littoral atlantique gabonais serait scruté bien au-delà de la sous-région. Une telle démarche prolongerait la logique initiée à Djibouti, où Pékin possède depuis 2017 sa première base militaire à l’étranger, et confirmerait l’extension de la stratégie dite du « collier de perles » sur le continent africain. Les capitales occidentales, avec les États-Unis en tête, observent avec préoccupation toute installation permanente de l’Armée populaire de libération sur la côte ouest-africaine, en raison de ses implications sur la surveillance des flux énergétiques et la projection navale.
Enjeux de souveraineté et zones d’ombre
Pour les autorités gabonaises, l’équation est complexe. La collaboration avec Pékin apporte des équipements, des financements et des formations cruciaux pour la modernisation d’une armée souvent sous-équipée. Cependant, elle soulève des interrogations quant à la transparence des accords, au maintien d’une autonomie stratégique et aux conditions d’accès accordées à une puissance étrangère sur des sites sensibles. La liste détaillée des projets en cours, leur financement et leur calendrier n’ont pas été rendus publics.
Néanmoins, la dynamique est clairement enclenchée. La nomination du nouvel attaché de défense chinois, combinée à la multiplication des dossiers en discussion, révèle que la coopération militaire Chine Gabon entre dans une phase plus visible. Les mois à venir détermineront si les projets de Port-Gentil, de casernes et de centres de formation passeront du stade des intentions à celui des réalisations concrètes.
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