3 juin 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Mali : l’escalade des violences sexuelles et l’urgence des soins pour les femmes déplacées

Dans les régions centrales et septentrionales du Mali, où l’insécurité persiste et les mouvements de population forcés s’intensifient, les femmes font face à une vulnérabilité croissante. Une agence des Nations Unies sonne l’alarme concernant l’augmentation des risques de violence basée sur le genre.

Selon une récente enquête de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), menée en mai, une nette augmentation des cas de violences sexuelles est observée au Mali, particulièrement dans les camps de déplacés internes et les zones de conflit. Le rapport met en lumière des incidents d’exploitation sexuelle, de harcèlement et de mariages forcés.

Cette recrudescence de la vulnérabilité s’inscrit dans un cadre humanitaire extrêmement préoccupant au cœur du Sahel central. Les femmes sont non seulement confrontées à un risque élevé de subir des violences sexuelles, mais elles sont également privées d’un accès suffisant aux services essentiels de santé sexuelle et reproductive (SSR).

L’UNFPA souligne que le mois de mai 2025 a été caractérisé par une escalade de la violence armée, notamment dans les régions de Tombouctou, Gao, Mopti et Ménaka. Cette intensification des attaques par des groupes armés a entraîné de nouvelles vagues de déplacements massifs de populations.

L’accès aux services de santé : un défi majeur pour les déplacées au Mali

Le Mali enregistre désormais près de 380 000 personnes déplacées internes, une augmentation de près de 15 % comparé aux 330 000 recensées en mai 2024. L’UNFPA insiste sur le fait que les femmes et les filles sont les plus touchées par cette insécurité persistante et la crise humanitaire, subissant de manière disproportionnée ses conséquences.

Parmi les 6,4 millions de personnes nécessitant une assistance humanitaire au Mali, plus de la moitié sont des femmes et des jeunes filles. Un grand nombre d’entre elles résident dans des régions où l’accès aux services de protection et de santé est extrêmement restreint, d’après les données de l’agence.

Actuellement, moins d’un quart des structures de santé situées dans les zones affectées par la crise sont en mesure d’offrir des soins complets en matière de santé sexuelle et reproductive (SSR), ou un soutien adéquat aux survivantes de la violence basée sur le genre (VBG).

À l’échelle nationale, près de la moitié des services spécialisés dédiés à ces problématiques demeurent inopérants. Les régions les plus impactées par ces fermetures sont Gao (76%), Ménaka (77%), Mopti (56%) et Tombouctou (80%).

Face à cette situation critique, les équipes de l’UNFPA poursuivent et renforcent leur action humanitaire sur le terrain. Elles apportent leur soutien à 86 établissements de santé, créent six espaces sécurisés spécifiquement pour les femmes et les filles, et mettent en place sept centres à guichet unique dans les régions les plus affectées du centre et du nord du Mali, incluant Ségou, Mopti, Gao, Tombouctou et Ménaka.

Un déficit de financement colossal menace l’aide aux victimes

Rien qu’en mai, les unités sanitaires mobiles ont dispensé des services essentiels de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des programmes de lutte contre la violence basée sur le genre, à près de 3 000 individus dans les camps de déplacés. Parmi eux, 80 % étaient des femmes et des jeunes filles.

Des sages-femmes dévouées ont assuré des soins prénatals, postnatals et d’accouchement vitaux. Parallèlement, des kits de dignité et du matériel de santé reproductive ont été distribués dans les zones impactées par les inondations et les conflits armés.

À travers le Mali, l’objectif est d’atteindre près de 900 000 femmes et jeunes filles avec des services de santé reproductive et des programmes cruciaux de prévention et de réponse aux violences sexuelles.

Malgré ces efforts, la réponse humanitaire demeure sévèrement sous-financée. Sur un appel de fonds annuel de 16,5 millions de dollars américains, l’UNFPA n’a pu recueillir que 2,9 millions. L’agence est confrontée à un « déficit colossal » de 13,5 millions de dollars, compromettant l’aide vitale destinée à des milliers de femmes et de jeunes filles maliennes en détresse.

Sans un financement additionnel et urgent, la portée et la pérennité des initiatives essentielles de lutte contre les violences sexuelles et des services de santé reproductive au Mali sont gravement menacées, laissant des populations vulnérables sans soutien.