La région sahélienne, s’étendant du Mali au Tchad, ne présente pas, à première vue, les caractéristiques d’un pôle d’attractivité économique majeur. Loin d’être un carrefour d’investissements directs étrangers, les nations comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont confrontées à des indicateurs socio-économiques particulièrement faibles. Au Mali, par exemple, près de la moitié de la population a moins de 15 ans, seulement un quart des terres est cultivable, et le pays se classe très bas en termes d’indice de développement humain. La pauvreté y touche près de 45% des habitants, un chiffre similaire au Burkina Faso (40%) et au Niger (60,5%), selon la Banque mondiale. Ces trois États, enclavés et désormais dirigés par des régimes militaires putschistes, ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES). Leur rhétorique anti-française et anti-occidentale, censée ouvrir la voie à une prospérité nouvelle, n’a pas encore porté ses fruits. C’est dans ce contexte que deux acteurs régionaux majeurs, l’Algérie et le Maroc, proposent leurs propres stratégies d’engagement.
Le Maroc : une ouverture stratégique sur l’Atlantique
Par l’ambitieux projet du port Dakhla Atlantique, le Royaume du Maroc envisage de créer une infrastructure de grande envergure, comparable au complexe de Tanger Med, mais orientée vers le Sahara occidental. Prévue pour une finalisation en 2028 et une mise en service l’année suivante, cette installation vise à devenir une porte d’entrée essentielle pour l’Afrique de l’Ouest et un lien vers les Amériques. Les dirigeants de l’AES ont d’ailleurs été reçus à Rabat. Sur le plan géopolitique, cette proposition est audacieuse : un port qui pourrait être relié par une future ligne ferroviaire (encore à l’étude), offrant ainsi aux pays de l’AES un accès vital à l’océan et contribuant à leur désenclavement économique. Pour le Maroc, confronté à un isolement géographique en raison de son différend avec l’Algérie, cette initiative sert plusieurs objectifs : démontrer que le développement du Sahara occidental bénéficiera à toute la sous-région, et indirectement, combattre les racines du djihadisme en offrant des perspectives économiques à une jeunesse sahélienne dont la population est en forte croissance.
L’Algérie : un gazoduc transsaharien vers l’Europe
Après une période de tensions, l’Algérie a renoué le dialogue avec le Niger, notamment via le chef du pouvoir militaire, Abderrahmane Tiani, en février. Alger a proposé la construction du tronçon nigérien du gazoduc transsaharien, un projet de 4800 kilomètres qui reliera le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger, avant d’approvisionner l’Europe en gaz naturel. La société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, s’engagerait à réaliser les travaux sur le territoire nigérien et à former des Nigériens à son exploitation. Ce dernier point représente un avantage notable par rapport à d’autres partenaires internationaux, comme la Chine, qui ne privilégient pas toujours le transfert de compétences locales dans la gestion des ressources nationales.
Deux visions complémentaires mais concurrentes
Les discussions récentes à Madrid et Washington (fin février) concernant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental soulignent l’importance de ce conflit cinquantenaire. Sa résolution potentielle pourrait ouvrir la voie à une collaboration algéro-marocaine sur le dossier complexe et volatile du Sahel, évitant ainsi que les États de l’AES ne manipulent leurs rivalités. Le djihadisme, alimenté par la pauvreté endémique et la fragilité des gouvernements autoritaires, représente une menace majeure. Alger et Rabat cherchent, chacun de leur côté, à briser ce cycle infernal en misant sur leurs atouts respectifs. L’Algérie promeut ses ressources en hydrocarbures et l’expertise de Sonatrach, tandis que le Maroc met en avant sa stratégie de grands projets d’infrastructure et son ambition de devenir un hub entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Bien que ces approches soient intrinsèquement complémentaires, le conflit autour du Sahara occidental les maintient malheureusement dans une logique d’opposition. Les tensions régionales persistent, comme en témoignent les échanges diplomatiques parfois vifs, à l’instar des accusations du Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, envers l’Algérie en septembre 2025, auxquelles Alger avait réagi avec fermeté par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.
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