Lors de la 34ᵉ résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en octobre 2026, les projecteurs se sont braqués sur un détail aussi surprenant qu’inédit : parmi les 17 États ayant rejeté le texte appelant à la fin du blocus américain contre Cuba, le Maroc figurait en première ligne… et en solitaire.
Ce scrutin, qui s’est tenu à New York, a confirmé une fois de plus la mobilisation internationale en faveur de la levée des sanctions économiques contre Cuba. Pourtant, alors que 130 pays ont voté pour la résolution, 25 se sont abstenus et 17 contre – dont un seul pays africain : le Maroc. Une position qui rompt avec la tendance historique du continent et soulève des questions sur les arrière-pensées de Rabat.
Le Maroc, un allié inattendu dans l’opposition au texte onusien
Contrairement à la quasi-totalité des pays africains qui ont opté pour le soutien ou l’abstention, le Maroc a choisi de se ranger aux côtés des opposants à la résolution. Un revirement d’autant plus marquant qu’il s’inscrit dans un contexte de recomposition des alliances diplomatiques autour du dossier cubain.
Traditionnellement, les États africains défendent, sur cette question, des principes forts : non-ingérence, souveraineté des États et liberté des échanges économiques. Or, en votant contre, Rabat s’est positionné en dehors du consensus continental, sans pour autant justifier publiquement sa décision. Une absence d’explications qui alimente les spéculations et les analyses.
Un changement de position qui en dit long sur les stratégies géopolitiques
Le vote marocain de 2026 prend une dimension supplémentaire quand on le compare à celui de 2025. Selon les observations rapportées, le royaume s’était alors abstenu avant de basculer dans le camp des opposants un an plus tard. Une évolution qui coïncide avec une intensification des pressions américaines auprès des États membres pour qu’ils modifient leur position.
Plusieurs pays, comme l’Allemagne ou l’Italie, ont ainsi choisi de s’abstenir après avoir initialement soutenu la résolution. Pourtant, aucune corrélation directe ne peut être établie entre ces changements et les motivations du Maroc. Rabat n’a pas communiqué sur les raisons de son vote, laissant le champ libre aux interprétations.
Cette absence de transparence ajoute une couche de mystère à une décision qui, bien que symbolique, pourrait refléter des intérêts stratégiques encore mal compris. Une chose est sûre : le royaume se distingue désormais comme le seul pays africain à s’opposer activement à une résolution soutenue par une majorité écrasante de la communauté internationale.
Cuba : un embargo de 60 ans qui divise la scène internationale
Instauré au début des années 1960 et durci au fil des décennies, l’embargo américain contre Cuba est l’un des conflits diplomatiques les plus longs de l’histoire moderne. Washington justifie ces mesures par des arguments liés aux droits humains et à la situation politique interne de l’île. De son côté, La Havane dénonce une violation de sa souveraineté et une tactique de pression économique qui aggrave les difficultés de sa population.
Les conséquences de cet embargo sont multiples : pénuries, crise énergétique, coupures d’électricité… Autant de défis qui pèsent sur le quotidien des Cubains et qui ont poussé de nombreux États à soutenir la résolution onusienne. Pour ses partisans, la levée des sanctions permettrait de relancer les échanges commerciaux et d’alléger le fardeau économique de l’île.
Mais les États-Unis restent inflexibles, invoquant à la fois les restrictions cubaines et les dysfonctionnements de son système politique. Un blocage qui explique pourquoi, malgré des décennies de débats, l’embargo persiste. La résolution onusienne, bien que symbolique, ne peut à elle seule renverser cette réalité : seule une décision du Congrès américain pourrait y mettre un terme.
Une résolution non contraignante, mais un message politique fort
Même si la résolution adoptée par l’ONU le 28 octobre 2026 ne peut contraindre Washington à lever l’embargo, elle envoie un signal politique fort. Elle réaffirme, à l’échelle mondiale, la condamnation unanime des mesures économiques unilatérales et la nécessité de respecter la souveraineté des États.
Pour Cuba, cette victoire diplomatique, bien que limitée, renforce sa légitimité sur la scène internationale. Mais le vote marocain rappelle aussi que les alliances continentales ne sont pas figées. Rabat, en s’isolant sur ce dossier, prouve que ses priorités stratégiques peuvent diverger de celles du reste de l’Afrique.
À l’heure où les équilibres diplomatiques se redessinent, la question reste entière : pourquoi le Maroc a-t-il choisi de braver le consensus africain ? Sans réponse officielle, les hypothèses fusent, alimentant un débat qui dépasse largement la question cubaine pour toucher aux fondements mêmes de la diplomatie marocaine.
Les pistes d’interprétation : entre intérêts économiques et alignements géopolitiques
Plusieurs théories tentent d’expliquer ce vote inattendu. Certains observateurs évoquent :
- Un alignement stratégique avec les États-Unis, dans un contexte de tensions régionales ou internationales ;
- La volonté de renforcer les liens économiques avec Washington, au-delà du dossier cubain ;
- Une position souverainiste de Rabat, refusant de cautionner une résolution perçue comme une ingérence dans les affaires américaines ;
- Un calcul diplomatique visant à se démarquer des autres pays africains pour gagner en visibilité.
Mais sans déclarations officielles, ces interprétations restent à l’état d’hypothèses. Le Maroc, habitué à une diplomatie pragmatique, préfère garder le silence, laissant le mystère planer sur ses véritables motivations.
Que retenir de ce scrutin ?
Le vote du 28 octobre 2026 marque un tournant dans la perception du Maroc sur la scène internationale. En s’opposant seul à la résolution sur Cuba, Rabat a confirmé que sa diplomatie pouvait s’affranchir des consensus continentaux, au nom de ses propres intérêts.
Cette décision, bien que symbolique, pourrait avoir des répercussions plus larges. Elle rappelle que l’Afrique n’est pas monolithique, et que chaque pays conserve sa marge de manœuvre dans les grands débats internationaux. Pour le Maroc, l’enjeu sera désormais de clarifier sa position – ou d’assumer pleinement ce choix qui a surpris plus d’un observateur.