25 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Le Cameroun face au défi économique : l’impact du départ du Hilli Episeyo

Un compte à rebours économique est enclenché pour le Cameroun. Le Hilli Episeyo, une unité flottante de liquéfaction de gaz ancrée au large de Kribi depuis 2018, s’apprête à quitter les eaux nationales en juillet 2026. Ce départ coïncide avec l’expiration du contrat entre son propriétaire, Golar, et la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun. Le Comité national économique et financier (CNEF) identifie ce retrait comme un facteur majeur de ralentissement économique, aux côtés des tensions géopolitiques et de la fragilité de plusieurs filières exportatrices, comme détaillé dans son rapport de conjoncture du premier trimestre 2026.

Les prévisions du CNEF indiquent une croissance du produit intérieur brut (PIB) camerounais d’environ 3,2 % en 2026, marquant un recul par rapport aux 3,5 % enregistrés l’année précédente. Cette tendance devrait se poursuivre avec une croissance de 3,1 % en 2027. Une perspective légèrement plus optimiste du même document table sur 3,3 % puis 3,2 %. Dans les deux scénarios, le secteur extractif est désigné comme le principal frein, avec une contribution négative de 0,4 point sur la croissance pour chacune de ces deux années. Le PIB pétrolier, englobant l’ensemble des activités liées aux hydrocarbures, est particulièrement touché, prévoyant une chute de 16,1 % en 2026, puis de 18 % en 2027.

La filière GNL : un repli préexistant au départ du navire-usine

L’annonce du retrait du Hilli Episeyo intervient dans un contexte de fragilisation du marché du gaz naturel liquéfié (GNL). Les revenus générés par les exportations de GNL ont déjà accusé une baisse significative, passant de 622 milliards de FCFA en 2022 à 421 milliards en 2023, puis à 381 milliards en 2024, pour atteindre 350,2 milliards de FCFA en 2025. Cela représente un recul de 8,1 % sur la seule année 2025. Cette dynamique négative s’est accentuée en début d’année 2026 : au premier trimestre, les exportations globales du Cameroun ont diminué de 23,6 % (à 606,9 milliards de FCFA), celles de GNL de 28,4 %, et celles de pétrole brut de 14,4 %.

Représentant 11,4 % des recettes d’exportation en 2025, le GNL constituait un pilier économique pour Yaoundé. Le départ de cette plateforme gazière structurante survient à un moment où d’autres secteurs clés montrent également des signes d’essoufflement. Sur la même période, les ventes de cacao et de produits dérivés ont chuté de 37,7 %, celles de bois de 11,5 %, celles d’aluminium de 53,7 %, et celles de caoutchouc brut de 16,7 %. Cette accumulation de reculs sectoriels ne fait qu’amplifier l’ampleur du choc anticipé dans le secteur gazier.

Pressions sur le solde courant et dilemmes budgétaires

Les équilibres macroéconomiques du Cameroun sont appelés à absorber ce choc. Le CNEF projette un déficit courant de 5,4 % du PIB en 2026, qui pourrait s’aggraver à 6,1 % en 2027, contre une estimation de 3,2 % en 2025. Le déficit budgétaire devrait suivre une trajectoire similaire, atteignant 1,7 % puis 2,1 % du PIB. Ces prévisions intègrent également un ralentissement du commerce mondial, l’augmentation des coûts de fret et une progression modérée des recettes publiques.

La hausse des cours pétroliers place par ailleurs les autorités face à un choix délicat. Maintenir les prix à la pompe pour les consommateurs impliquerait une augmentation des subventions aux carburants, avec un coût budgétaire immédiat considérable. À l’inverse, un ajustement des prix de détail risquerait de relancer l’inflation et d’éroder le pouvoir d’achat des ménages. Le CNEF, sans trancher, souligne la faible marge de manœuvre dont dispose le gouvernement.

Relais de croissance sans effet immédiat : Yoyo-Yolanda et nouveaux blocs

La SNH, soucieuse de l’après-Hilli Episeyo, met en avant une stratégie de diversification de son portefeuille amont. Le projet du champ transfrontalier Yoyo-Yolanda, partagé avec la Guinée équatoriale, représente un jalon important. Ses ressources géologiques sont estimées à environ 2 500 milliards de pieds cubes, nécessitant un investissement proche de 4 milliards de dollars. Cependant, le calendrier de ce projet reste incertain, dépendant de la finalisation d’accords techniques et commerciaux, de la mobilisation des financements et de la construction d’infrastructures spécifiques.

Parallèlement, la société publique poursuit l’attribution de nouveaux blocs d’exploration dans les bassins de Rio del Rey et de Douala-Kribi-Campo. Toutefois, l’ouverture de négociations pour des contrats de partage de production ne garantit ni la découverte de réserves commercialement exploitables, ni une mise en production rapide. Le risque majeur réside dans la durée de cette transition : plus l’intervalle entre le départ du navire-usine et l’entrée en service de nouvelles capacités s’allongera, plus la contribution négative du secteur extractif à la croissance économique camerounaise persistera. À court terme, aucun des projets annoncés ne semble en mesure de compenser la baisse programmée des exportations de GNL.