29 septembre 2026

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Crimes de guerre au Mali : jusqu’à quand les civils paieront-ils le prix de l’impunité ?

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Le nouveau rapport d’Amnesty International éclaire l’ampleur des exactions dans un Mali en crise

Combien de temps encore les civils maliens devront-ils payer le lourd tribut d’un conflit où la ligne entre sécurité et barbarie s’effrite chaque jour ? C’est la question cruciale posée par le dernier rapport d’Amnesty International, qui lève le voile sur des crimes de guerre documentés entre 2023 et 2025 dans les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou. Entre exécutions sommaires, tortures et frappes meurtrières, l’organisation de défense des droits humains révèle un bilan humain accablant, où les populations civiles — et en particulier les communautés pastorales comme les Peuls, les Arabes ou les Touaregs — paient un prix insoutenable.

Contrairement aux affirmations des autorités maliennes, qui justifient leurs opérations par la lutte antiterroriste, l’enquête d’Amnesty International démontre que des civils, souvent désarmés, sont devenus des cibles collatérales voire délibérées. Avec au moins 34 morts avérés et des dizaines de cas de torture documentés, le rapport met en lumière les limites d’une stratégie militaire qui, loin de protéger, expose davantage les populations à des représailles collectives.

Des frappes de drones aux exécutions sommaires : les zones noires du conflit malien

Parmi les épisodes les plus glaçants figurent les frappes de drones ayant visé, en 2025, des zones civiles densément peuplées. À commencer par le marché d’Ejdeir, dans la région de Tombouctou, où une attaque qualifiziert d’illégitime par Amnesty International a coûté la vie à 16 personnes, dont des enfants, alors qu’aucun objectif militaire n’était identifié. Ces frappes, présentées par Bamako comme ciblant des « réunions de terroristes », soulèvent un doute quant au respect du droit international humanitaire.

Les régions de Ségou et Mopti n’échappent pas à cette spirale de violence. Des patrouilles conjointes entre l’armée malienne et leurs alliés, notamment le groupe Wagner — désormais remplacé par l’Africa Corps — ont laissé derrière elles des villages en deuil. À Tin Adanda, en février 2025, quatre civils ont été exécutés lors d’une opération, illustrant la brutalité des méthodes employées. Les méthodes ? Égorgements, brûlures, tortures méthodiques — une litanie de violences qui révèle une culture de l’impunité grandissante.

Les communautés pastorales : victimes désignées du conflit

Au cœur des tensions, les communautés peules, arabes et touarègues subissent une suspicion systématique. Accusées de complicité avec les groupes armés en raison de leur localisation géographique ou de leur origine ethnique, ces populations deviennent des cibles privilégiées. Amnesty International alerte sur le risque de représailles collectives, où des civils innocents paient pour des actes qu’ils n’ont pas commis. Une logique qui, si elle persiste, ne fera que nourrir un cycle de vengeance interminable.

Les témoignages recueillis auprès de 119 réfugiés maliens en Mauritanie confirment cette réalité : des hommes, des femmes et des enfants interpellés arbitrairement, détenus des semaines voire des mois sans procès, soumis à des traitements inhumains dans des bases militaires comme Léré ou Nampala. Cinq d’entre eux y ont même trouvé la mort, victimes de tortures ou de conditions de détention indignes.

L’impunité, cette ombre qui plane sur le Mali

Le rapport d’Amnesty International ne se contente pas d’énumérer des crimes ; il pointe du doigt un système qui protège les bourreaux. Les autorités maliennes, contactées par l’organisation en août 2026, n’ont à ce jour apporté aucune réponse concrète aux accusations portées. Pire, la décision du Mali de se retirer du Statut de Rome en juin 2026 semble confirmer une stratégie d’évitement judiciaire, où la Cour pénale internationale (CPI) perdrait tout pouvoir sur les futurs crimes commis.

Pourtant, Amnesty rappelle une vérité juridique implacable : le retrait du Mali ne couvre pas les crimes déjà commis ni ceux relevant de la compétence de la CPI au moment des faits. La question de la justice reste donc entière, d’autant que l’arrivée de l’Africa Corps — structure russe sous contrôle du ministère de la Défense de Moscou — soulève de nouvelles interrogations. Qui contrôle réellement ces forces ? Quels mécanismes de transparence et de responsabilité sont mis en place ?

Un conflit aux multiples visages : quand les groupes armés aussi franchissent la ligne rouge

Amnesty International ne verse pas dans l’unilatéralisme. Le rapport reconnaît que plusieurs acteurs armés portent une part de responsabilité dans la dégradation de la situation humanitaire. Les groupes jihadistes et autres milices opérant au Mali ont ainsi commis des homicides illégaux, des enlèvements, voire des crimes contre l’humanité. Une complexité qui rend d’autant plus urgent un cadre juridique solide pour distinguer, sans ambiguïté, les civils des combattants.

Cette ambiguïté est d’autant plus préoccupante que plus de 2 000 écoles restent fermées dans le pays, privant des centaines de milliers d’enfants d’une éducation et d’un avenir. Entre la menace des groupes armés, les opérations militaires et l’exode des populations, le Mali fait face à une crise multidimensionnelle où la survie prime désormais sur toute autre considération.

Que faire face à l’urgence humanitaire et judiciaire ?

Face à ce constat, Amnesty International appelle Bamako à une réponse immédiate : ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur les crimes présumés, avec la participation de la CPI si nécessaire. L’organisation insiste sur la nécessité de traduire en justice les responsables, qu’ils soient membres des forces maliennes, de l’Africa Corps ou des groupes armés, afin de briser le cycle de l’impunité.

Pour les populations de Ségou, Mopti et Tombouctou, la priorité reste la protection des civils. Mais comment faire confiance à des institutions qui, selon les faits documentés, ont parfois franchi la ligne rouge ? La crédibilité des autorités maliennes est en jeu, tout comme la dignité d’un peuple qui mérite mieux que des promesses vides et des rapports accablants.

Car derrière les chiffres, il y a des vies brisées : des familles décimées, des villages fantômes et une jeunesse sacrifiée sur l’autel d’un conflit sans fin. La balle est désormais dans le camp de Bamako, mais aussi de la communauté internationale, pour que justice soit enfin rendue.

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