28 août 2026

Voix Panafricaine

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Le Bénin, un acteur clé de la sécurité régionale : l’alliance stratégique avec les États-Unis

De Cotonou à Washington, la position du Bénin est constante : consolider ses capacités nationales, diversifier ses collaborations et maintenir son ancrage démocratique comme pilier de la stabilité régionale. La récente visite du général Fructueux Gbaguidi au Pentagone illustre parfaitement cette diplomatie sécuritaire béninoise, soucieuse de ne pas dépendre d’un unique partenaire.

Un symbole fort au cœur de la diplomatie sécuritaire béninoise

L’événement revêt une signification particulière. Le mardi 25 août 2026, au sein même de l’appareil militaire américain, le lieutenant-général Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major général des Forces armées béninoises, a été accueilli au Pentagone par le général Christopher J. Mahoney, vice-président du Comité des chefs d’état-major interarmées des États-Unis. Cette rencontre de haut niveau va bien au-delà du simple protocole : elle confirme l’importance croissante du Bénin dans la stratégie de sécurité américaine en Afrique de l’Ouest.

Dans son rapport officiel du 26 août, l’état-major américain a mis en lumière le caractère « fort et durable » du partenariat sécuritaire entre Washington et Cotonou. Les discussions ont principalement porté sur les menaces régionales, les initiatives communes et l’assistance sécuritaire déployée avec le soutien du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM). Washington a également réaffirmé qu’un Bénin « sûr, stable et démocratique » représente un atout majeur pour la paix dans la région.

Cette reconnaissance américaine témoigne de la crédibilité acquise par le Bénin sur le front de la sécurité.

Une approche sécuritaire proactive et diversifiée

Face à la progression des groupes armés depuis le Sahel vers les nations côtières, le Bénin a fait un choix stratégique audacieux : agir avant que la menace n’atteigne les grandes agglomérations. Pour ce faire, il renforce méthodiquement ses capacités militaires, son renseignement, sa présence sur le territoire et ses partenariats.

La logique est limpide : dans une guerre asymétrique et transfrontalière, aucun pays ne peut prétendre, seul, posséder toutes les ressources nécessaires. Le renseignement, la surveillance des frontières, la mobilité des troupes, la formation, l’équipement et la coopération opérationnelle sont devenus des éléments indissociables d’une défense efficace.

C’est précisément sur ce terrain que la stratégie béninoise prend tout son sens.

La collaboration avec les États-Unis, bien qu’ancienne — elle s’inscrit dans une relation bilatérale de plus de six décennies —, a gagné en intensité avec l’escalade de la menace terroriste dans le nord du Bénin. AFRICOM avait déjà qualifié le Bénin de partenaire sécuritaire stratégique lors de la visite de son commandant à Cotonou en septembre 2025, soulignant l’urgence de renforcer la coopération face à l’évolution du terrorisme.

La rencontre du 25 août au Pentagone ne représente donc pas une rupture, mais plutôt une nouvelle étape dans cette montée en puissance.

Le pari gagnant de la diversification des partenariats

La force principale de la politique sécuritaire béninoise réside sans doute dans sa capacité à diversifier ses alliances. Cotonou ne mise pas exclusivement sur Washington. Le Bénin développe activement ses relations militaires avec plusieurs partenaires africains et internationaux, participe aux mécanismes régionaux de prévention des conflits et s’efforce de maintenir des canaux de dialogue avec ses voisins. Cette approche est d’autant plus cruciale que les alliances sécuritaires traditionnelles en Afrique de l’Ouest connaissent de profondes mutations.

Le Bénin a ainsi consolidé sa coopération militaire avec plusieurs États africains. En mai 2025, une commission militaire mixte avec l’Afrique du Sud avait notamment permis un partage d’expériences et une coordination dans la lutte contre les menaces asymétriques.

Avec le Nigeria, Cotonou a également mis en place des mécanismes de coopération transfrontalière visant à renforcer la résilience des communautés face à l’insécurité et à la criminalité. Cette diversification n’est pas un luxe diplomatique ; elle répond à une réalité opérationnelle : le terrorisme ignore les frontières, et la réponse doit, elle aussi, transcender les limites nationales. Cette stratégie incarne une vision d’Afrique souveraine, capable de forger ses propres alliances.

Le facteur démocratique : un avantage stratégique pour le Bénin

L’autre dimension fondamentale de l’équation béninoise est politique. Dans une région marquée par les ruptures institutionnelles, les coups d’État et les transitions militaires, le Bénin continue de promouvoir son modèle institutionnel et l’alternance démocratique. Pour ses partenaires occidentaux, cette stabilité institutionnelle constitue un gage de confiance supplémentaire.

Le communiqué américain est particulièrement éloquent lorsqu’il associe explicitement les notions de sécurité, de stabilité et de démocratie. Washington ne perçoit donc pas le Bénin uniquement comme un partenaire militaire, mais aussi comme un catalyseur de stabilité régionale. Cette dimension est essentielle dans la compétition actuelle des modèles de sécurité en Afrique de l’Ouest. Elle permet à Cotonou de maintenir plusieurs portes ouvertes : avec les États-Unis et leurs alliés occidentaux, mais aussi avec les pays africains et les organisations régionales. En d’autres termes, le Bénin s’efforce de transformer son ancrage démocratique en un capital diplomatique et sécuritaire.

L’ombre persistante de la fracture avec l’AES

Malgré ces avancées, une contradiction majeure subsiste : alors que les groupes armés circulent librement entre plusieurs espaces nationaux, la coopération sécuritaire entre le Bénin et les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — demeure insuffisante. Cette situation est d’autant plus paradoxale que les populations, les routes commerciales, les communautés et les zones frontalières sont profondément interconnectées.

Pourtant, le Bénin a, à maintes reprises, manifesté sa disponibilité au dialogue. En juin 2026, une visite du président béninois Romuald Wadagni à Ouagadougou avait permis aux deux parties de réaffirmer leur volonté de renforcer leur partenariat et de rechercher des solutions concertées face au terrorisme et à la criminalité transfrontalière. Le gouvernement burkinabè avait lui-même évoqué une « revitalisation » des relations bilatérales et souligné l’urgence de consolider la coopération sécuritaire.

Il serait donc difficile de présenter Cotonou comme ayant fermé la porte à la coopération. Le problème réside plutôt dans la persistance d’une méfiance politique entre les autorités de l’AES et le Bénin. C’est ici que le coût de l’absence de coopération devient préoccupant.

Il faut certes reconnaître que les États de l’AES ont eux-mêmes développé leur propre architecture sécuritaire. En avril 2025, le Burkina Faso annonçait par exemple la mise en place progressive d’une force unifiée de l’AES et la poursuite d’opérations conjointes entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cependant, cette dynamique ne devrait pas nécessairement conduire à exclure les pays voisins. La lutte contre les groupes armés exige précisément l’inverse : partage du renseignement, coordination des patrouilles, communication entre états-majors, mécanismes d’alerte et, lorsque les cadres juridiques le permettent, coopération transfrontalière. Dans ce domaine, l’absence d’une coopération plus étroite entre Cotonou et ses voisins sahéliens constitue donc une faiblesse collective. Au regard des ouvertures répétées faites par le Bénin, la responsabilité politique de cette situation incombe aujourd’hui largement aux autorités de l’AES qui maintiennent une relation de méfiance avec Cotonou.

Une guerre qui impose de dépasser les postures politiques

L’enjeu dépasse pourtant les querelles diplomatiques. Les zones frontalières du nord béninois restent exposées à la menace de groupes armés venus des espaces sahéliens. Les autorités françaises et néerlandaises maintiennent d’ailleurs des niveaux élevés de vigilance dans les zones septentrionales du pays, notamment aux frontières avec le Burkina Faso et le Niger. Dans ces conditions, aucune capitale ne peut vaincre seule.

Le Bénin l’a compris en choisissant de diversifier ses partenaires. Les États-Unis l’ont compris en considérant Cotonou comme un partenaire stratégique. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger l’ont également compris à leur manière en renforçant leur coopération militaire au sein de l’AES. La prochaine étape devrait donc être de faire converger ces différentes dynamiques plutôt que de les opposer.

Cotonou, Washington et l’après-Pentagone

La visite du général Fructueux Gbaguidi à Washington est finalement révélatrice d’une stratégie plus vaste : renforcer les Forces armées béninoises tout en conservant plusieurs canaux de coopération. Le message envoyé depuis le Pentagone est clair : les États-Unis souhaitent continuer à travailler avec un Bénin considéré comme sûr, stable et démocratique, et renforcer les initiatives menées avec AFRICOM. Pour Cotonou, l’enjeu sera désormais de transformer ces partenariats en capacités concrètes : davantage de renseignement, de surveillance, de mobilité, de formation et de coordination.

Mais le véritable succès diplomatique serait de parvenir, à terme, à réintégrer les voisins sahéliens dans cette équation. Car le terrorisme ne demande pas de visa pour franchir une frontière. Si le Bénin peut légitimement se féliciter de la solidité croissante de ses partenariats sécuritaires, l’Afrique de l’Ouest ne pourra durablement contenir la menace que lorsque les divergences politiques cesseront de prendre le pas sur l’impératif de coopération entre États voisins.

Le passage du général Gbaguidi au Pentagone rappelle ainsi une évidence : dans une région où les menaces se transforment rapidement, la meilleure stratégie reste celle qui combine souveraineté, coopération, diversification des partenariats et stabilité institutionnelle. Le Bénin semble avoir fait ce choix. À ses voisins de décider s’ils veulent, eux aussi, transformer leurs divergences en coopération plutôt qu’en vulnérabilité collective, pour une Afrique souveraine et sécurisée.