6 juillet 2026

Voix Panafricaine

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L’AES et le JNIM : quand la stratégie se heurte à la réalité sahélienne

Deux années se sont écoulées depuis la création tonitruante de l’Alliance des États du Sahel (AES), portée par les régimes militaires de Bamako, Ouagadougou et Niamey. Pourtant, derrière les déclarations triomphalistes et les appels à la souveraineté, une vérité implacable s’impose : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) reste la seule entité capable d’imposer sa loi sur l’échiquier sahélien.

Un groupe armé qui dicte le tempo malgré les alliances militaires

Contrairement aux discours enflammés des juntes, la réalité du terrain révèle une toute autre dynamique. Le JNIM, loin d’être un acteur marginal, mène des offensives d’une précision redoutable, coordonnées à l’échelle régionale. Ses attaques simultanées ciblent des zones stratégiques, infligeant des défaites cuisantes à des armées nationales pourtant équipées par des puissances étrangères. Ni l’union des services de renseignement de l’AES, ni l’alignement sur Moscou n’ont permis d’endiguer cette avancée.

Moscou en embuscade : quand la culture devient une arme

Pour combler le vide sécuritaire, les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont scellé une alliance avec la Russie, bien au-delà du simple soutien militaire. L’annonce récente de l’introduction du russe dans les programmes scolaires burkinabè dès la rentrée prochaine illustre cette stratégie. Officiellement présentée comme un acte de libération culturelle, cette mesure prépare en réalité une intégration idéologique des jeunes générations.

Le risque est double : d’une part, une acculturation progressive qui éloigne les populations de leur héritage linguistique et historique ; d’autre part, une instrumentalisation future de cette jeunesse, envoyée en Russie sous couvert d’études, pour servir de chair à canon dans des conflits étrangers. Cette perspective, bien que lointaine, n’en est pas moins préoccupante dans un contexte où les juntes misent sur des alliances géopolitiques controversées.

L’isolement des juntes, symptôme d’une stratégie en déroute

Pendant que le JNIM étend son emprise, les régimes de l’AES s’enferment dans un isolement croissant. Au Mali, l’absence prolongée du colonel Assimi Goïta depuis une attaque meurtrière à Bamako, ayant coûté la vie à un haut responsable, en est la preuve la plus criante. Les dirigeants, coupés de la réalité du terrain, se réfugient dans une propagande creuse, célébrant des victoires symboliques comme le ravitaillement d’une localité isolée ou une riposte défensive.

Les juntes, en confondant discours nationaliste et stratégie militaire, ont échangé une dépendance envers l’Occident contre une soumission à Moscou. Pourtant, malgré ce revirement, le JNIM continue de dicter son rythme. Le Sahel, loin de s’émanciper, semble avoir simplement troqué un maître contre un autre, au prix d’un avenir incertain pour ses populations.