27 juin 2026

Voix Panafricaine

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Gabon : un plan à 700 milliards de francs CFA pour l’autosuffisance en volaille

Le Gabon se lance dans un pari audacieux : devenir autosuffisant en viande de poulet d’ici début 2027, avec un investissement de 700 milliards de francs CFA. Présenté par le ministre de l’Agriculture Pacôme Kossi devant les députés le 2 juin 2026, ce programme vise à remplacer les 65 000 tonnes de poulets surgelés importés chaque année par une production nationale.

Selon les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation annuelle de poulet au Gabon s’élève à environ 65 000 tonnes. Pour l’économiste Louis Ndong, l’enjeu est clair : « atteindre la souveraineté alimentaire afin d’alléger le panier de la ménagère ».

Un écosystème à construire de toutes pièces

Hervais Omva, président de l’ONG IDRC AFRICA basée en Zambie et expert des filières avicoles, insiste sur la nécessité de bâtir toute la chaîne de production. « Le président a fixé le cap. Reste aux acteurs sectoriels de bâtir l’écosystème en amont et en aval », explique-t-il. La production locale de maïs et de soja, qui représentent près de 75 % de l’alimentation des volailles, est cruciale. « L’un des principaux défis sera de produire localement des millions de tonnes de ces céréales », souligne-t-il. La création d’emplois est également un enjeu majeur. « Certains abattoirs automatisés peuvent traiter jusqu’à 60 000 poulets par jour avec une vingtaine d’employés. Si l’objectif est aussi de réduire le chômage des jeunes, il faudra privilégier un modèle adapté aux réalités locales », poursuit-il.

Le Gabon mise sur les investisseurs africains

Libreville cherche à mobiliser des capitaux du continent. Après l’appel de Brice Clotaire Oligui Nguema lors du sommet de Kigali en mai 2026, plusieurs opérateurs africains ont été reçus au Palais présidentiel le 9 juin. Le gouvernement assure que le dispositif technique est en place et qu’une banque d’investissement est déjà opérationnelle. Un haut responsable du ministère de l’Agriculture affirme que « les différents mécanismes seront déployés progressivement ». À Port-Gentil, G.M., éleveur depuis une dizaine d’années avec un élevage de 10 000 poulets, considère cette politique comme une opportunité majeure. « Le potentiel est réel, mais passer à une production industrielle exige des investissements considérables », confie-t-il.

Une filière à structurer pour l’avenir

La pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont montré la vulnérabilité des pays importateurs face aux chocs internationaux. Le Gabon veut renforcer sa production nationale pour réduire cette dépendance. Selon la Direction générale de la statistique, 54,6 % de la population a moins de 26 ans, et le taux de chômage des jeunes est estimé entre 30 % et 38 % par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Développer la filière avicole représente donc un enjeu agricole, économique et social. Hervais Omva adresse un message aux jeunes Africains : « Le président a tracé la voie. Les investisseurs sont prêts. »