11 août 2026

Voix Panafricaine

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Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya alimente les spéculations

Depuis le 7 juin, le président Paul Biya est absent du Cameroun, et son retour ne s’est toujours pas concrétisé. Cette longue discrétion au sommet de l’État ravive les interrogations quant à son état de santé et aux dynamiques de succession. Les récentes nominations au sein de l’appareil militaire, perçues par le journaliste et auteur camerounais Jean-Bruno Tagne, co-directeur de la web-TV Naja, comme un possible « verrouillage sécuritaire », viennent complexifier davantage la situation politique du pays, une actualité Afrique francophone scrutée avec attention.

Paul Biya absent depuis deux mois : les interrogations s’intensifient au Cameroun

Des nominations militaires qui suscitent l’interrogation 

Le 3 août dernier, un décret présidentiel a officialisé la nomination de plusieurs officiers généraux à des postes stratégiques au sein de la hiérarchie militaire camerounaise. Parmi ces changements notables, le général Raymond Jean Charles Beko’o Abondo a été désigné à la tête de la garde présidentielle, une première puisque cette unité était traditionnellement commandée par un officier supérieur. Ces remaniements interviennent alors que le président Paul Biya est éloigné du Cameroun depuis près de deux mois. Pour Jean-Bruno Tagne, le timing de ces nominations interpelle. « Il n’y a pas une explication officielle qui a été donnée mais beaucoup mettent ces nominations dans le cadre des manœuvres en vue du remplacement de Paul Biya à la tête du Cameroun». L’analyste suggère que ces mouvements pourraient s’inscrire dans une stratégie visant à consolider le dispositif sécuritaire autour du pouvoir, en prévision d’une éventuelle transition. « Beaucoup estiment que c’est un verrouillage sécuritaire qui est en train d’être fait en attendant la nomination du vice-président, prévue par la Constitution qui a récemment été modifiée », précise-t-il. 

La fonction de vice-président au cœur des débats 
 

La récente réforme constitutionnelle a institué la fonction de vice-président, dont le rôle serait d’assurer la succession du chef de l’État en cas de vacance du pouvoir et de mener le mandat à son terme. Cette perspective génère des critiques au sein des peuples africains, et plus particulièrement au Cameroun, comme le souligne Jean-Bruno Tagne. Selon lui, l’arrivée potentielle d’un président non directement élu par les citoyens camerounais risquerait d’attiser les tensions sociales et politiques. « C’est une fonction très importante, qui fait qu’aujourd’hui les Camerounais vont se retrouver, si cela arrivait, avec un président qui va les gouverner alors qu’il n’a pas été élu ». Dans ce contexte, le pouvoir pourrait chercher à renforcer son dispositif sécuritaire avant de procéder à la désignation de ce vice-président. « Peut-être, conscient de cette réalité, du fait que les Camerounais n’ont pas toujours été d’accord avec ce poste de vice-président, c’est pour cela qu’on essaye d’organiser ce verrouillage sécuritaire avant la nomination du vice-président », ajoute le journaliste. 

Deux mois d’absence alimentant les rumeurs 

Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour ce qui avait été décrit par la présidence comme un « court séjour privé en Europe ». Depuis lors, aucune information précise n’a été communiquée publiquement concernant son lieu de séjour ou son emploi du temps. Cette opacité nourrit de nombreuses spéculations, comme l’explique Jean-Bruno Tagne. « Cette fois cette absence pose beaucoup de questions. Il est âgé aujourd’hui de 93 ans, et donc beaucoup se demandent s’il est en bonne santé, où il se trouve, et s’il est même encore en vie ». 
De son côté, le gouvernement camerounais maintient qu’il n’y a aucune dégradation de l’état de santé du président et assure qu’il regagnera prochainement le pays. 

Jean-Bruno Tagne : « Ma conviction est que le président Biya ne se porte pas très bien » 

Interrogé sur sa propre analyse de la situation, Jean-Bruno Tagne émet une hypothèse qu’il présente comme une conviction personnelle. « Ma conviction est que le président Biya ne se porte pas très bien. Il se dit qu’il aurait subi une opération chirurgicale, et qu’il est en pleine rééducation. Ma conviction est celle-là ». 
Il souligne par ailleurs le flou institutionnel qui entoure les absences prolongées du chef de l’État. Aucune disposition légale ne fixe de durée maximale au séjour du président camerounais à l’étranger. « Le président de la République peut rester six mois à l’étranger, et aucun problème ne se poserait. Il n’y a pas une disposition légale qui fixe un délai au-delà duquel il ne peut pas séjourner à l’étranger ». Pour le journaliste, cette situation met en lumière les lacunes du système institutionnel camerounais. « C’est quelque chose de terrible pour le Cameroun qui fait qu’il est difficile pour les Camerounais d’avoir la certitude quant à la situation exacte du président de la République ». 
Alors que l’absence de Paul Biya se prolonge et que des changements significatifs interviennent au sein de l’appareil sécuritaire, les interrogations sur la succession à la tête du Cameroun devraient continuer d’alimenter le débat politique national. 

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