4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Burkina Faso : la répression s’abat sur les ong et associations civiles

La récente dissolution de 118 ONG et associations au Burkina Faso suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits humains. Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, a exprimé sa profonde préoccupation face à cette mesure, qualifiée d’atteinte grave à la liberté d’association.

Selon lui, cette décision contredit frontalement les principes constitutionnels burkinabè, qui consacrent la liberté d’association et syndicale. Les réformes constitutionnelles passées n’ont jamais remis en cause ce droit fondamental, rappelle-t-il.

Cette vague de dissolutions s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à asphyxier la société civile à travers des mesures répressives systématiques.

Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel

Au-delà des frontières nationales, cette décision bafoue les engagements internationaux du Burkina Faso. En effet, le pays est signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantissent expressément ce droit.

Pour Diallo, les organisations de la société civile sont indispensables au renforcement de l’État de droit et à la protection des libertés fondamentales. Il enjoint les autorités à annuler sans délai ces dissolutions et à garantir la liberté d’action de ces structures.

La répression ne se limite pas aux dissolutions. Le chercheur évoque un arsenal de mesures coercitives : législations restrictives, intimidations, détentions arbitraires, harcèlement et poursuites contre les militants et défenseurs des droits humains. Une restriction systématique de l’espace civique qui menace les fondements mêmes de la démocratie.

Contexte des dissolutions : une escalade autoritaire

Le 15 avril 2026, le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité du Burkina Faso a officialisé la dissolution de 118 ONG et associations, invoquant des dispositions légales. Aucune justification supplémentaire n’a été apportée, laissant planer le doute sur les motivations réelles de cette mesure.

Ce n’est pas un cas isolé. Dès janvier 2026, tous les partis politiques avaient été dissous après trois ans de suspension. En novembre 2025, un décret présidentiel avait imposé aux ONG nationales et internationales de transférer leurs comptes bancaires vers une institution financière publique, nouvellement créée et placée sous le contrôle de l’État. Une décision susceptible d’entraîner un gel arbitraire des fonds, une surveillance accrue et des sanctions ciblées.

Ces mesures surviennent dans un contexte politique déjà tendu. Depuis deux coups d’État en 2022, le pays est dirigé par un régime militaire. Initialement prévue pour s’achever le 2 juillet 2024, la période de transition a été prolongée de cinq ans en mai 2024, prolongeant ainsi l’incertitude démocratique.