1 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Au Mali, la « structuration » des entreprises, un nouveau levier de contrôle militaire

Les régimes autoritaires, après avoir muselé les voix contestataires, réduit au silence la presse libre et restreint drastiquement la liberté d’expression, se heurtent invariablement à un défi majeur : l’autonomie financière de leur population. L’histoire des régimes dictatoriaux le confirme : une emprise totale sur un peuple exige non seulement de dominer sa pensée, mais aussi de réguler ses moyens de subsistance et son accès aux ressources vitales.

Au Mali, le gouvernement de transition militaire vient de concrétiser cette évolution prévisible. Derrière l’apparat d’une initiative administrative séduisante – la promulgation officielle d’une « Charte des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) » – le pouvoir franchit un seuil significatif. Ce dispositif, que la communication gouvernementale promeut comme un soutien à la « structuration » du secteur privé, révèle en fait une tentative de contrôle politique sur l’activité économique et la liberté d’entreprendre.

L’emprise économique : ultime pilier du pouvoir autoritaire

Dans une nation où l’économie informelle assure la subsistance de plus de 90 % des habitants et constitue le moteur essentiel de survie, notamment pour les jeunes et les femmes, cette aspiration subite à l’encadrement n’est pas fortuite. Pour tout régime autoritaire, le secteur informel représente une menace intrinsèque : il échappe aux mécanismes de surveillance, aux répertoires officiels, et par conséquent, à l’autorité directe de l’État.

En s’efforçant d’identifier, de catégoriser et de soumettre les petits entrepreneurs, artisans et transporteurs à des normes étatiques inédites, les autorités n’aspirent pas à faciliter les échanges commerciaux, mais plutôt à étendre leur influence. À l’heure où les organismes financiers et les aides publiques sont déjà subordonnés au pouvoir en place, cette charte établit les fondations d’un mécanisme clientéliste potentiellement redoutable. À l’avenir, l’obtention de prêts, l’accès aux marchés publics, voire la simple légalité d’une activité professionnelle, pourraient être conditionnés par la loyauté politique ou l’absence de contestation face aux abus du régime.

Crédit et énergie : les défis économiques réels ignorés

Le discours officiel avance vouloir résoudre les crises énergétiques et financières qui paralysent l’économie malienne. Cependant, les faits sur le terrain contredisent cette prétendue bienveillance. D’après les analyses de la Banque mondiale, environ 40 % des entreprises formelles du pays identifient l’accès difficile au financement et les délestages électriques incessants comme leurs principaux freins au développement.

Ni les nouvelles réglementations, ni les événements protocolaires au sein du Conseil national du patronat ne parviendront à relancer les infrastructures électriques ou à réduire les coûts d’emprunt. En focalisant l’attention sur l’instauration d’un nouveau cadre légal au lieu de s’attaquer aux carences infrastructurelles, les dirigeants dissimulent leur impuissance à garantir les services fondamentaux indispensables à l’activité économique.

L’interdépendance des libertés

L’étude des régimes autocratiques révèle une vérité fondamentale : les différentes formes de liberté ne peuvent être dissociées. Il est impossible de restreindre durablement les libertés politiques sans inévitablement empiéter sur les libertés économiques.

En réprimant la liberté d’expression, le pouvoir s’est assuré que les acteurs économiques, déjà pénalisés par les prélèvements fiscaux ou les coupures d’électricité, ne puissent plus manifester leur désaccord publiquement. Actuellement, en s’en prenant à la liberté d’entreprendre sous le couvert d’une « structuration », le régime malien cherche à éliminer le dernier espace d’indépendance citoyenne : la capacité à pourvoir à ses propres besoins sans être tributaire des décisions des militaires au pouvoir. Une telle centralisation de l’économie, observée dans d’autres contextes, a toujours conduit à l’appauvrissement généralisé et à l’échec des initiatives privées.