1 juillet 2026

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Le Cameroun doit-il vraiment s’embourber dans le football pendant que tout s’effondre ?

Le Cameroun doit-il vraiment s’embourber dans le football pendant que tout s’effondre ?

Dans un pays où l’attente d’un remaniement ministériel s’éternise sans que le moindre signe ne se profile, où les institutions peinent à fonctionner et où les défis quotidiens des Camerounais s’accumulent, pourquoi le débat public s’entête-t-il à se focaliser sur le football ?

C’est la question que pose une tribune écrite par Jean Rodrigue Atemengue, qui met en lumière l’absurdité d’une société camerounaise obsédée par un sport en crise, alors que le pays peine à résoudre ses problèmes structurels. « Camerounaises, Camerounais, le Cameroun ne participera pas à la prochaine Coupe du monde », rappelle-t-il, soulignant l’ironie d’un débat centré sur un football camerounais lui-même en pleine déchéance.

Un football camerounais en pleine décadence

Autrefois symbole de fierté nationale et d’excellence sur la scène africaine, le football camerounais traverse aujourd’hui une crise profonde. Gestion chaotique, conflits internes, scandales répétés et infrastructures défaillantes ont réduit à néant les ambitions sportives du pays. La non-qualification des Lions Indomptables pour la Coupe du monde n’est que l’aboutissement logique d’années de négligence et de dysfonctionnements.

Pourtant, malgré cette réalité, les Camerounais continuent de s’écharper sur des polémiques sportives, comme si le football pouvait encore incarner l’avenir du pays. Samuel Eto’o, figure emblématique du football camerounais, reste une source d’inspiration pour beaucoup, mais son aura ne saurait masquer les profondes défaillances d’un système sportif en perdition.

Les vrais défis du Cameroun : une nation en quête de cohésion

Alors que le football monopolise les discussions, des questions bien plus urgentes attendent des réponses. Comment expliquer qu’un remaniement ministériel tant attendu ne voit toujours pas le jour après des mois d’attente ? Pourquoi les institutions camerounaises fonctionnent-elles au ralenti, avec des postes vacants pendant des années et des réformes constitutionnelles qui peinent à se concrétiser ?

L’État de droit, la crédibilité de la justice et la gouvernance responsable devraient être au cœur des préoccupations. Pourtant, des affaires comme un mandat d’amener non exécuté ou une ordonnance de mise en liberté provisoire contestée passent inaperçues dans le tourbillon des débats sportifs. Pendant ce temps, les routes se dégradent, l’accès à l’eau potable reste précaire dans de nombreuses localités, et le chômage des jeunes frappe durement une génération en quête d’avenir.

À qui profite cette distraction nationale ?

Chaque fois que le débat public s’égare dans des polémiques footballistiques, les véritables enjeux du Cameroun sont relégués au second plan. Les intellectuels, les médias et les leaders d’opinion ont un rôle clé à jouer : celui de recentrer la discussion sur les priorités nationales. Consacrer l’essentiel de l’espace médiatique aux querelles sportives, alors que le pays fait face à des défis institutionnels, économiques et sociaux majeurs, revient à sacrifier la réflexion collective sur l’autel du spectacle.

Il ne s’agit pas de rejeter le football, mais de lui redonner sa juste place. Une fois que les institutions camerounaises fonctionneront pleinement, que la justice inspirera confiance et que les services publics répondront aux besoins des populations, alors le football pourra redevenir une source de fierté nationale. Mais aujourd’hui, faire du ballon rond le sujet de conversation principal, c’est détourner le regard des crises qui minent le Cameroun.

Un appel à la lucidité et à l’action

Les Camerounaises et les Camerounais méritent mieux qu’un débat public centré sur des compétitions qu’ils ne disputeront pas ou sur un football en crise. Ils méritent des institutions transparentes, une justice indépendante et une gouvernance responsable. L’histoire se souviendra de celles et ceux qui auront eu le courage de poser les bonnes questions, plutôt que de ceux qui auront préféré se perdre dans des polémiques sans lendemain.

Le football ne doit pas être un rideau de fumée derrière lequel disparaissent les défis les plus urgents du Cameroun. Il est temps de recentrer les débats sur ce qui compte vraiment : la construction d’une nation forte, unie et prospère.

Cameroun Jean Rodrigue Atemengue