25 septembre 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Après l’aveu du général Simporé, le Burkina Faso face à l’onde de choc et aux lendemains incertains

Écouter cet article ⏱ ~6 min

La sortie du général de division Célestin Simporé sur le plateau de la RTB continue de faire des vagues. En tentant de justifier l’enlisement sécuritaire par une prétendue « malformation » historique de l’armée burkinabè, le ministre de la Défense a mis le feu aux poudres. Les réactions, tant au sein de l’opinion publique que dans les rangs des observateurs, dessinent les contours d’une crise de confiance aux conséquences durables. Car au-delà de la polémique, c’est toute une stratégie qui vacille, et avec elle, l’avenir de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso.

Des réactions en cascade qui ébranlent le récit officiel

L’onde de choc provoquée par les déclarations du général Simporé ne se limite pas aux réseaux sociaux. Elle s’infiltre dans les discussions de rue, les chaumières et jusqu’au sommet de l’État, où l’on mesure l’ampleur des dégâts. La question qui brûle toutes les lèvres est simple : comment l’armée d’hier, qualifiée de défaillante, parvenait-elle à contenir l’ennemi avec bien plus d’efficacité que la « nouvelle armée » réentraînée par Moscou et suréquipée à coups de milliards ?

Les partisans du pouvoir tentent de minimiser l’aveu, parlant d’une maladresse de communication. Mais pour de nombreux analystes, cette sortie est révélatrice d’un malaise profond. Elle trahit une tentative désespérée de réécrire l’histoire pour masquer la débandade présente. En martelant que les forces armées manquaient d’instruction tactique avant la transition, le général Simporé espérait bâtir un récit simpliste : les échecs d’aujourd’hui ne seraient que l’héritage d’hier. Un récit qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.

La mémoire des sacrifices piétinée

Pour les familles des soldats tombés au front, la pilule est amère. Déclarer à la télévision nationale que les troupes étaient « mal formées » sonne comme une insulte à la mémoire des milliers d’hommes et de femmes qui ont donné leur vie pour défendre la patrie. Avec des moyens rudimentaires et des rations comptées, ces combattants ont tenu le front face à une menace naissante, sans jamais abandonner des régions entières. Aujourd’hui, ces mêmes régions sont livrées à l’ennemi sous couvert d’« évacuations tactiques », à l’image du drame de Boussouma.

Un aveu qui pèse sur l’avenir de la stratégie sécuritaire

Les conséquences de cette sortie médiatique pourraient être lourdes pour l’exécutif. En rejetant la faute sur la formation d’hier, deux ans après la prise absolue du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré, le général Simporé signe un aveu d’impuissance. Ce ne sont pas les armes d’hier qui manquaient de valeur, c’est la stratégie d’aujourd’hui qui s’effondre sous le poids de la propagande.

Alors que le régime de transition se vantait d’avoir créé plus de 30 nouveaux bataillons et d’avoir remis l’instruction militaire au cœur de son action, le contrôle effectif de l’État s’est effondré sur plus de 65 % du territoire national. Un chiffre qui donne la mesure du gouffre entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.

L’impasse de la doctrine d’instruction russe

Pour remplacer l’ancien modèle de formation, Ouagadougou s’est tourné vers les instructeurs russes d’Africa Corps. Mais le résultat de cette « remise à bas niveau » se traduit par une montée en flèche de la létalité sur le front :

  • Un bilan humain effroyable : Les hécatombes ne se comptent plus. De la tragédie de Mansila aux récents revers subis dans le Centre-Nord, les nouvelles unités formées à la hâte paient un tribut de sang inégalé.
  • Incapacité face à la guerre asymétrique : La méthode d’instruction russe, axée sur la brutalité frontale et la puissance de feu aveugle, s’avère parfaitement inopérante face à des groupes armés terroristes (GAT) mobiles, opérant en petites colonnes de motos et usant d’engins explosifs improvisés.
  • Rupture avec les populations : En sacrifiant le renseignement de contact et la déontologie militaire au profit d’une logique de terre brûlée, la nouvelle doctrine a aliéné les populations rurales, privant les soldats du seul rempart efficace contre l’infiltrateur terroriste : l’information citoyenne.

Face à ce constat, les perspectives s’annoncent sombres. La confiance entre l’armée et la population, déjà fragile, risque de se fracturer un peu plus. Les soldats, qui se sentent désavoués par leur propre hiérarchie, pourraient voir leur moral s’effriter davantage. Quant à la population civile, elle assiste, impuissante, à l’effondrement d’un récit officiel qui promettait monts et merveilles.

Reste une question lancinante : après un tel aveu, comment le pouvoir compte-t-il reprendre la main ? La réponse se trouve peut-être dans une remise en question profonde de la stratégie actuelle. Mais pour l’heure, les regards se tournent vers le capitaine Ibrahim Traoré, dont le silence assourdissant contraste avec les déclarations de son ministre. Une chose est sûre : l’aveu du général Simporé a brisé un tabou. Et dans un pays en guerre, briser le tabou de la propagande, c’est déjà reconnaître que la victoire s’éloigne.