2 juin 2026

Voix Panafricaine

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Sénégal : le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye est formé, malgré le boycott d’Ousmane Sonko

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement dévoilé ce lundi la composition de son nouveau gouvernement. Cette annonce intervient en dépit de l’appel au boycott lancé par Ousmane Sonko, leader du Pastef, qui avait pourtant exclu la participation de sa formation politique à cette administration. Étonnamment, plusieurs figures et alliés du parti figurent bel et bien dans cette nouvelle équipe.

La nomination de ce gouvernement fait suite, une dizaine de jours auparavant, au limogeage d’Ousmane Sonko par le président Faye, lui-même issu du Pastef. Sonko occupe désormais la prestigieuse fonction de président de l’Assemblée nationale.

Cette séparation intervient après des mois de tensions palpables entre les deux hommes, instaurant une période d’incertitude politique pour le pays, qui doit déjà faire face à une crise financière d’ampleur.

Depuis, Ousmane Sonko a été remplacé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Ce dernier a présenté lundi une liste de 30 ministres, caractérisée par l’absence de plusieurs cadres majeurs du Pastef qui occupaient des postes dans le gouvernement précédent.

Quelques instants seulement avant cette présentation, le leader du Pastef avait communiqué sur ses réseaux sociaux l’intention de son parti de ne pas intégrer cette nouvelle administration.

«Désaccord»

«Ce matin s’est tenu un long entretien entre le président de la République et moi, Président du parti, au cours duquel des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord notamment autour de la place et du rôle de la majorité dans le dispositif exécutif», précisait le texte.

Le communiqué ajoutait : «À la suite de la réunion de restitution aux instances du Parti, de nouvelles propositions ont été présentées au Président de la République, sans réponse favorable. En conséquence, PASTEF – Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre.»

Malgré cette déclaration de non-participation, la liste ministérielle inclut des alliés et des membres du Pastef moins connus du grand public. Parmi eux, Moussa Bala Fofana a été nommé ministre de l’Urbanisme, et Yankhoba Diémé a pris le portefeuille des Forces armées.

Le président Faye a par ailleurs reconduit plusieurs ministres issus de l’ancienne équipe gouvernementale. C’est le cas de Cheikh Diba aux Finances, Moustapha Mamba Guirassy à l’Éducation, et Cheikh Tidiane Dièye à l’Assainissement.

Amadou Al Aminou Lô, le nouveau Premier ministre, a affirmé que la formation de ce gouvernement avait été le fruit de «concertations d’usage avec toutes les personnes concernées», y compris le chef du parti Pastef, Ousmane Sonko.

Lors de la diffusion en direct de la liste sur la chaîne publique RTS, le Premier ministre a insisté : «Le président de la République tient à rappeler qu’en toutes circonstances un homme d’État doit veiller à ce que la patrie et la République soient toujours au-dessus de toutes considérations partisanes.» Cette déclaration résonne fortement dans l’actualité Afrique francophone.

Nouveau tournant

Cette situation marque un tournant significatif dans la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Longtemps décrits comme des compagnons de route inséparables, ils avaient ensemble remporté l’élection présidentielle de mars 2024 sous le slogan unificateur «Sonko mooy Diomaye» (Sonko c’est Diomaye en wolof).

Cependant, des divergences ont progressivement éclaté au grand jour ces derniers mois, menant à une rupture inévitable après le limogeage d’Ousmane Sonko fin mai. Leader incontesté de leur parti, qui bénéficie d’une large majorité à l’Assemblée, Ousmane Sonko a depuis été confortablement élu président du Parlement.

Empêché de se présenter à la présidentielle suite à une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son fidèle bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le représenter. Néanmoins, des désaccords profonds sont apparus entre les deux hommes.

Les tensions avaient commencé à se manifester dès juillet 2025, lorsque l’ancien Premier ministre, alors en fonction, avait vivement critiqué le président Faye, dénonçant un «problème d’autorité» au sein de la nation. Plus récemment, début mai, le président avait lui-même pointé du doigt la «personnalisation excessive» de son ex-Premier ministre au sein du parti au pouvoir, une situation qui interpelle les peuples africains soucieux de la gouvernance.