18 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Rencontre historique entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall : enjeux et tensions à Dakar

L’histoire récente du Sénégal vient d’écrire une page inédite. Contre toute attente, l’ancien président Macky Sall a foulé à nouveau le sol dakarois pour une audience officielle avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Ce tête-à-tête, organisé au Palais de la République, s’inscrit dans une logique de haute stratégie diplomatique : obtenir le soutien officiel de Dakar pour porter la candidature de l’ex-chef de l’État à la tête des Nations Unies.

Une candidature onusienne en quête d’un parrainage sénégalais

Les coulisses de cette rencontre révèlent une course contre la montre. Macky Sall, privé du soutien initial du Sénégal pour sa candidature à l’ONU, a dû se tourner vers d’autres capitales africaines. C’est finalement le Burundi, alors aux commandes de la présidence tournante de l’Union africaine, qui avait pris les devants. Face à cette situation, l’ancien président a sollicité une audience d’urgence à Dakar pour officialiser l’appui de son pays d’origine, condition indispensable pour crédibiliser sa candidature sur la scène mondiale.

Ce revirement illustre l’importance cruciale du parrainage national dans les ambitions internationales. Sans l’onction officielle du Sénégal, la crédibilité de Macky Sall à New York risquait d’être sérieusement compromise.

Un arbitrage présidentiel entre raison d’État et légitimité populaire

Le président Bassirou Diomaye Faye s’est retrouvé face à un dilemme cornélien lors de cette audience. D’un côté, la logique diplomatique et le prestige national plaidaient en faveur d’un soutien à l’ancien chef de l’État. De l’autre, une telle décision risquait de fragiliser la base politique qui l’a porté au pouvoir en 2024, notamment les collectifs de victimes des crises passées.

Les échanges, menés dans un cadre strictement confidentiel, ont porté sur les limites de l’engagement public de Dakar. Jusqu’où le président Faye pouvait-il aller sans aliéner une partie de son électorat ? Ce compromis historique entre pragmatisme et équilibre politique marque un tournant dans l’histoire récente du Sénégal.

Un rapprochement symbolique dans un contexte politique explosif

Cette rencontre survient à un moment charnière pour le pays. Depuis le départ d’Ousmane Sonko de la Primature en mai, la scène politique dakaroise est en pleine reconfiguration. La réception protocolaire de Macky Sall par Bassirou Diomaye Faye, en présence du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, envoie un signal fort aux partisans de l’ancienne coalition au pouvoir.

L’Alliance pour la République, dont les militants s’étaient rassemblés devant l’aéroport militaire Léopold-Sédar-Senghor, y voit une reconnaissance de leur rôle passé. Ce tête-à-tête pourrait ainsi redessiner les alliances à venir, dans une logique de continuité institutionnelle qui dépasse les clivages partisans.

Justice et diplomatie : deux exigences contradictoires

Si les salons feutrés du Palais affichaient une courtoisie républicaine, l’extérieur des grilles était le théâtre d’une tout autre réalité. Le retour de Macky Sall a réveillé les blessures des crises politiques entre 2021 et 2024. Plusieurs collectifs de victimes et organisations de la société civile ont manifesté leur indignation, exigeant des comptes pour les violences sous son mandat.

Pour ces citoyens, l’impunité ne saurait être un monnaie d’échange au service de la diplomatie. Leurs revendications portent sur l’ouverture de procédures judiciaires contre l’ex-président, jugé responsable de la répression des manifestations. Entre les ambitions internationales de Macky Sall et les exigences de justice à Dakar, le président Faye se trouve aujourd’hui sur une ligne de crête politique particulièrement délicate.