21 juillet 2026

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Réforme constitutionnelle sénégalaise : le conseil constitutionnel enterre le projet pastef

Le Conseil constitutionnel du Sénégal a rendu un verdict sans appel hier : la réforme institutionnelle défendue par la majorité parlementaire du Pastef est déclarée anticonstitutionnelle. Une décision qui frappe de plein fouet les ambitions d’Ousmane Sonko et de ses partisans, plongeant le pays dans une nouvelle phase de tensions politiques.

Le texte, adopté en commission par l’Assemblée nationale où le parti au pouvoir disposait d’une majorité confortable, visait officiellement à rééquilibrer les pouvoirs entre les institutions. Pourtant, le Conseil constitutionnel, saisi par Bassirou Diomaye Faye lui-même, a identifié deux vices majeurs : l’absence totale de mécanisme de financement pour la future Cour constitutionnelle prévue par la réforme, et le non-respect des procédures parlementaires lors de l’examen des amendements gouvernementaux.

Ousmane Sonko après sa nomination au poste de Premier ministre.

une décision aux conséquences politiques majeures

Cette invalidation marque un tournant dans la stratégie du Pastef, dont les projets de refonte institutionnelle se heurtent désormais aux limites constitutionnelles. Adji Diarra Mergane Kanouté, ex-députée et figure de l’USD/A, leader de la coalition Ensemble Demain, analyse la situation avec prudence :

« Le Conseil constitutionnel a bel et bien rejeté le texte, mais cela ne signifie pas que l’Assemblée nationale est empêchée de proposer une nouvelle révision, à condition de respecter scrupuleusement les procédures. La proposition de loi créait des charges publiques substantielles, comme l’organisation d’élections ou la mise en place d’une Cour constitutionnelle, sans prévoir les recettes compensatrices exigées par l’article 82, alinéa 2 de la Constitution. Par ailleurs, le Conseil a pointé du doigt le refus de l’Assemblée d’appliquer la procédure de vote bloqué à la demande du gouvernement, en violation de l’article 82, alinéa 4. Ainsi, le Conseil a agi en toute légitimité en déclarant la réforme contraire à la Constitution. »

renforcement des prérogatives parlementaires : un autre cheval de bataille avorté

Parmi les mesures phares de cette réforme figuraient l’extension des pouvoirs d’enquête de l’Assemblée nationale, notamment sur les contrats miniers et énergétiques, ainsi que l’élargissement de ses capacités de contrôle dans des domaines jusqu’alors peu accessibles. Une ambition qui aurait pu renforcer significativement le rôle du Parlement dans la gestion des ressources naturelles du pays.

Les réactions politiques ont été immédiates. Ousmane Sonko, après avoir reconnu publiquement la décision du Conseil constitutionnel, a tenté de minimiser l’impact de ce revers. Du côté de la majorité présidentielle, on met en avant le bon fonctionnement des institutions et la nécessité de poursuivre le dialogue autour des réformes. Dr. Binette Ndiaye, coordinatrice du Forum Citoyen, a salué cette décision, soulignant l’importance d’un processus inclusif et respectueux des règles démocratiques.

Sénégal, Mbour, 2024 | Meeting de campagne de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

« En tant que représentante de la société civile, je considère cette décision comme une avancée positive. Initialement, le processus manquait cruellement d’inclusivité. Il semblait que seul un parti politique cherchait à modifier des dispositions constitutionnelles sans concertation préalable ni recherche de consensus. Le Conseil constitutionnel rappelle ainsi que, même avec une majorité, il est indispensable de prendre en compte les avis de tous. Nous évoluons dans une République, pas dans un système où la majorité impose sans dialogue. »

un climat politique sous haute tension

Cette décision intervient dans un contexte où les relations entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye se dégradent rapidement. Après avoir été écarté de la Primature en mai, Sonko avait brièvement pris la tête de l’Assemblée nationale, avant que les divergences ne deviennent publiques. Mardi dernier, il évoquait déjà une situation de « cohabitation » avec le chef de l’État, signe d’une fracture de plus en plus visible au sommet de l’État.

Pour de nombreux analystes, l’invalidation de cette réforme n’est que l’un des épisodes d’une rivalité croissante qui pourrait redéfinir durablement le paysage politique sénégalais. La suite des événements dépendra désormais de la capacité des acteurs à trouver un terrain d’entente ou, au contraire, à s’enfermer dans une opposition stérile.