15 juillet 2026

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Rapprochement Mali-Algérie : entre espoirs diplomatiques et défis persistants

Rapprochement Mali-Algérie : entre espoirs diplomatiques et défis persistants

Le général Assimi Goïta, président de transition du Mali, lors du deuxième sommet de l'Alliance des États du Sahel (AES) à Bamako, le 23 décembre 2025.

Après une année marquée par des tensions diplomatiques sans précédent, le Mali et l’Algérie ont officiellement rétabli leurs relations le mois dernier. Un revirement spectaculaire, d’autant plus surprenant que les accusations mutuelles, notamment de « complicité » avec des groupes armés transfrontaliers, avaient atteint leur paroxysme. Mais au-delà des déclarations officielles, quels sont les véritables enjeux de ce rapprochement ? Quels acteurs ont joué un rôle clé dans cette détente ? Et surtout, cette réconciliation est-elle durable ou simplement une trêve éphémère ?

Un dégel inattendu, mais pas imprévisible

La réouverture des ambassades et la levée des restrictions aériennes entre les deux pays ont été saluées comme un tournant majeur. Pourtant, peu d’observateurs s’y attendaient. Certains ont évoqué l’influence de la Russie, suggérant que Moscou aurait poussé Bamako à adopter une position plus conciliante envers Alger. Cependant, selon les analyses de Michaël Béchir Ayari, spécialiste de l’Algérie au sein de l’International Crisis Group, cette hypothèse semble peu plausible.

Michaël Ayari : « Les rumeurs sur le rôle de la Russie sont exagérées. Si des discussions ont bien eu lieu entre Alger et Moscou, celles-ci n’ont pas directement influencé le rapprochement. En revanche, la médiation du Niger a joué un rôle déterminant, notamment depuis le début de l’année, lorsque Niamey a lui-même renoué avec l’Algérie. »

Cette implication du Niger, acteur clé de la région, suggère que les dynamiques régionales ont davantage pesé que les pressions extérieures. Une réalité qui rappelle l’importance de la diplomatie africaine dans la résolution des crises.

Le défi de concilier sécurité et dialogue

Le Mali, dirigé par une junte militaire depuis près de six ans, a toujours privilégié une réponse militaire face aux groupes armés, rejetant catégoriquement tout dialogue avec les indépendantistes ou les jihadistes. Pourtant, ce positionnement intransigeant pourrait évoluer dans le cadre de ce nouveau partenariat avec l’Algérie.

Selon Ayari, un « deal » a probablement été négocié, intégrant une clause essentielle : le primat du politique sur le militaire. Bien que le retour à l’accord d’Alger de 2015 semble peu probable, une initiative politique pourrait émerger, notamment avec le Front de libération de l’Azawad (FLA).

« L’État malien se délite, et personne n’a intérêt à son effondrement, pas même l’Algérie, explique-t-il. Une implication d’Alger, qui entretient des contacts avec certains leaders du FLA, pourrait aider à apaiser les tensions. Mais tout dépendra de la volonté des parties de respecter cet accord. »

Cependant, des obstacles majeurs subsistent. Les spoilers — qu’ils soient internes au régime malien, liés aux groupes armés ou à des acteurs internationaux — pourraient saboter ce processus. De plus, une partie de l’opinion publique malienne reste hostile à toute concession envers les rebelles.

Des tensions toujours vives

Malgré ce dégel, plusieurs dossiers restent en suspens. L’incident d’avril 2025, où le Mali avait accusé l’Algérie d’avoir violé son espace aérien en abattant un drone, n’a toujours pas été officiellement clos. De même, les accusations croisées de « complicité » avec des groupes terroristes, notamment le Jnim (lié à al-Qaïda), n’ont pas disparu.

L’Algérie, qui depuis les années 1980 joue un rôle d’intermédiaire entre Bamako et les groupes armés, maintient une position ambiguë. « Elle ne soutient pas activement les groupes rebelles, mais ferme parfois les yeux sur leurs activités pour préserver son influence », précise Ayari. Cette stratégie permet à Alger de conserver une marge de manœuvre, tout en évitant de s’aliéner totalement l’un ou l’autre camp.

Autre point de friction : la présence en Algérie de l’imam Mahmoud Dicko, figure de l’opposition malienne en exil. Bien qu’une extradition soit peu probable, son influence pourrait être réduite si l’accord tient. À l’inverse, son retour sur la scène médiatique signifierait un échec du rapprochement.

Une réconciliation crédible ou une illusion passagère ?

Alors que les communiqués officiels laissent entrevoir une volonté de stabilisation, la crédibilité de ce dégel reste à prouver. Les prochaines étapes seront déterminantes : renforcement de la coopération sécuritaire, échange de renseignements et engagement d’Alger dans les discussions avec le FLA.

« L’histoire des relations Mali-Algérie est faite de cycles de détente suivis de rechutes, rappelle Ayari. Cette fois, tout dépendra de la capacité des deux pays à transformer cette trêve en une dynamique durable. Si le deal est respecté, nous devrions assister à une amélioration progressive des échanges. Sinon, les tensions pourraient resurgir rapidement. »

En attendant, une chose est sûre : le Mali et l’Algérie, deux acteurs majeurs du Sahel, ne peuvent se permettre un nouvel échec diplomatique. La stabilité de la région en dépend.