29 avril 2026

Quel est l’impact réel de la Russie sur la sécurité au Mali et dans le Sahel ?

Quelques jours après des assauts d’envergure contre les bases des Forces armées maliennes, le chef de la transition, Assimi Goita, a affirmé que la situation demeurait « sous contrôle ». Selon lui, l’appui aérien des forces russes a permis de sécuriser des points stratégiques, notamment le palais présidentiel à Bamako. Cependant, la stabilité de cette nation d’Afrique de l’Ouest reste précaire, le gouvernement peinant à reprendre les localités occupées par les rebelles touaregs et les combattants liés à al-Qaïda.

Une offensive coordonnée qui ébranle le pouvoir

Le week-end dernier, une série d’attaques simultanées a frappé plusieurs villes, dont la capitale. Ce raid a causé la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et a conduit à la chute de localités clés comme Kidal, dans le nord. Si la junte affirme avoir neutralisé plus de 200 assaillants, l’efficacité de la coopération militaire avec Moscou est aujourd’hui vivement critiquée. Des rapports indiquent en effet un retrait des troupes russes de Kidal, où elles opéraient pourtant aux côtés de l’armée malienne sous la bannière de l’Africa Corps.

De Wagner à l’Africa Corps : un changement de stratégie

Depuis 2021, environ 2 000 instructeurs et combattants russes sont déployés au Mali, comblant le vide laissé par le départ des forces françaises et des Nations Unies. Initialement gérés par le groupe paramilitaire Wagner, ces effectifs ont été intégrés à l’Africa Corps, une unité dépendant directement du ministère russe de la Défense, après le décès de Evgueni Prigojine en 2023.

Les observateurs notent une évolution tactique majeure : là où les mercenaires de Wagner privilégiaient l’offensive et la prise de risques, l’Africa Corps semble adopter une posture plus défensive. Par ailleurs, les forces russes et l’armée malienne font face à des accusations de violations des droits humains lors de leurs opérations, des actes que certaines organisations qualifient de crimes de guerre.

Le retrait de Kidal et ses conséquences géopolitiques

Le départ des combattants russes de Kidal, apparemment négocié via une médiation de l’Algérie, soulève de nombreuses interrogations. Bien que l’Africa Corps évoque une décision concertée avec Bamako pour évacuer les blessés et le matériel lourd, certains officiels maliens déplorent une inaction face aux avertissements préalables à l’attaque.

Cette situation fragilise l’image de la Russie dans la région du Sahel, où elle se présente comme une force de libération non coloniale. Au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la présence russe reste inégale :

  • Mali : environ 2 000 hommes engagés sur le terrain.
  • Burkina Faso : entre 100 et 300 soldats dans un rôle de supervision.
  • Niger : une centaine d’hommes présents depuis peu.

Un défi de crédibilité pour Moscou au Sahel

Pour des analystes spécialisés, le prestige de l’Africa Corps est sérieusement entaché par ces événements. L’abandon de matériel stratégique et de stations de drones à Kidal suggère une vulnérabilité face à la supériorité numérique des insurgés du JNIM et du FLA. Alors que les groupes armés menacent désormais d’encercler Bamako, la capacité de la Russie à garantir la sécurité de ses partenaires africains et à attirer de nouveaux alliés dans la région est plus que jamais remise en question.